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École nationale des chartes

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19, rue de la Sorbonne – 75005 Paris – tél. : +33 (0)1 55 42 75 00

Bibliothèque nationale de France, département des Cartes et Plans
Des sources pour l'histoire de la cartographie à l'époque moderne.

Rencontre d’histoire du livre et des bibliothèques, organisée par Annie Charon, professeur à l'École nationale des chartes et Hélène Richard, directeur du département des Cartes et Plans de la Bibliothèque nationale de France, le 20 mars 2007.

Dans le cadre du cours de 3e année de l’École nationale des Chartes consacré à l’histoire du livre et des bibliothèques, plusieurs rencontres ont été organisées durant l’année 2007 autour d’une bibliothèque ou d’un département précis, rassemblant élèves, chercheurs et professionnels des bibliothèques ou autres institutions de conservation.

La rencontre qui a eu lieu au Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque nationale de France a été l’occasion d’aborder différentes problématiques autour du support cartographique et du matériel concernant l’histoire des sciences conservé dans les bibliothèques, de mettre en valeur les ressources disponibles, et de montrer la complémentarité des différents centres de conservation dans ce domaine particulier. M. Philippe Raccah, directeur du département Sciences et Techniques à la Bibliothèque nationale de France, Mme Hélène Richard, directeur du Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque nationale de France et Mme Cécile Souchon, conservateur général chargé de la collection des Cartes et Plans aux Archives nationales, étaient présents. M. Jérôme Van Wijland, conservateur au département des Sciences s’est excusé, et a transmis un dossier très complet sur les ressources de son département concernant l’histoire des sciences.

Intervention d'Hélène Richard

Madame Richard souligne d’abord la collaboration réelle existant entre les deux départements, celui des Sciences et celui des Cartes et Plans, à travers les publications, ou des expositions comme celle consacrée à La Mer, terreur et fascination (2005).

Madame Richard présente l’histoire et la constitution des collections du département des Cartes et Plans dominée par la figure de Jomard : créé en 1828, mis plusieurs fois sous tutelle, il acquiert son autonomie administrative en 1942. Il est le rassemblement de plusieurs collections n’ayant pas forcément le même statut, la collection de la Bibliothèque de la Société de Géographie a été déposée ; les collections cartographiques de la Bibliothèque nationale de France regroupent entre autres la collection d’Anville, ou le fonds du Service hydrographique de la Marine. Le département reçoit encore des dépôts (dernièrement le fonds de l’Institut français du pétrole), ainsi que des dons. Il s’accroît en permanence grâce au dépôt légal de la production cartographique française, et grâce aux relations établies avec les pôles associés (par exemple avec l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique latine pour son fonds cartographique).

Les collections sont aussi signalées dans une logique de description pièce à pièce, selon des normes de catalogage mises en place au milieu du XXe siècle, et affinées depuis. L’informatisation des descriptions dans BN-Opaline a commencé en 1987 et a migré en 2007 dans BN-Opale Plus, qui lui donne une nouvelle visibilité. Reste au département des Cartes et Plans à s’y adapter, et à s’installer dans de meilleures conditions à l’issue des travaux d’agrandissement et de mise aux normes qui vont s’engager sur le site de Richelieu.

Intervention de Philippe Raccah, directeur du Département des Sciences et Techniques

M. Raccah a décrit les principales ressources et activités du département qu’il dirige, dont la création date de la fusion entre la Bibliothèque nationale et la Bibliothèque de France en 1994 : ce département s’inscrit dans la politique de création de collections thématiques. Les collections proviennent des fonds anciennement conservés au site Richelieu et d’une importante campagne d’acquisitions dès le début des années 1990. Les collections déménagées de Richelieu concernent les lettres S, T et V. Depuis 1996 l’ensemble du dépôt légal en sciences est conservé par le département. En salles de lecture aux deux niveaux de la bibliothèque des collections importantes dans tous les domaines scientifiques et techniques sont librement consultables par les lecteurs, ainsi que différentes ressources numériques. Les pôles associés permettent également de faire aboutir des projets de partage documentaire, de numérisation ou de valorisation des collections, avec par exemple l’École des Ponts et Chaussées, l’École des Mines, la BIUM, le SCD de l’université Lyon 1 ou encore le Conservatoire National des Arts et Métiers.

Intervention de Cécile Souchon

Madame Souchon est en charge de la collection de cartes conservées aux Archives nationales, qui à la différence de la Bibliothèque nationale, est une collection « fermée », qui ne s’enrichit pas. En outre ces archives ne se suffisent souvent pas à elles-mêmes et doivent être complétées avec les sources conservées dans les autres grands centres d’archives ou bibliothèques. Elles sont conservées dans les séries N (plans) et NN (cartes), et dans le fonds du Service hydrographique de la Marine, gisement le plus important pour l’histoire des voyages, complétées par les archives de la Marine. Madame Souchon a présenté ensuite de manière critique et pratique les principaux outils de recherche liés à ces ressources, en insistant sur le fonds très intéressant du Service hydrographique de la Marine, véritable mine d’or pour les historiens des sciences, mais qui a beaucoup souffert sur le plan archivistique. Les cartes de la série AF et celles en dépôt issues des séries modernes devraient être transférées d’ici 2010 à Pierrefitte-sur-Seine.

Intervention de Stéphanie Deprouw et Justine Dujardin, élèves à l’École nationale des Chartes. L’expédition de La Condamine (1735-1743)

Mlles Deprouw et Dujardin ont cherché à montrer comment, à partir d’un sujet portant à la fois sur l’histoire des sciences, des voyages et des cartes, on peut tirer parti des ressources des divers centres de conservation présentés par les différents intervenants, entre autres fonds à caractère scientifique. Il s’agissait donc de mettre en valeur les collections du département des Cartes et Plans, et d’illustrer la complémentarité entre les différents fonds et supports abordés. Outre une mise en contexte historique indispensable, les aspects méthodologiques ont donc été privilégiés.

A la suite du débat entre pro- et anti-Newton sur la forme de la Terre, aplatie ou non aux pôles du fait de la gravitation, l’Académie royale des Sciences décide d’organiser en 1733 deux expéditions, l’une près du pôle Nord, l’autre près de l’Équateur pour y mesurer l’arc d’un degré, et vérifier cette hypothèse. Une expédition au Pérou dont fait partie La Condamine part en 1735, malgré de nombreux problèmes, effectue ces mesures. La Condamine retourne en France en 1745, après un voyage sur tout le cours de l’Amazone jusqu’à l’Atlantique.

Cette expédition et cette exploration ont donné lieu à plusieurs publications, dont un journal historique et une relation abrégée du voyage en Amazonie, conservés entre autres dans la bibliothèque de la Société de Géographie. La présentation de ces livres permet d’appréhender le rapport entre l’écrit et l’illustration dans les récits de voyages de l’époque, et le statut des cartes qui change selon leur destination. La production de cartes montre le cheminement des informations scientifiques recueillies au cours des voyages et leur circulation, puis leur exploitation par d’autres scientifiques, comme les cartographes de cabinet, à l’image de d’Anville, géographe du roi, qui a constitué plusieurs cartes de la région à partir des récits et mesures de La Condamine. Ce dernier a aussi dessiné plusieurs cartes lors de son voyage. L’expédition a également produit de nombreux documents qui éclairent et enrichissent l’étude. L’extrême dispersion des sources constitue le pendant naturel de la complémentarité des fonds : ainsi les cartes tirées de l’expédition sont conservées dans différentes collections au sein du même département des Cartes et Plans, mais aussi à Vincennes à la Bibliothèque du Service historique de la Marine. Le journal de navigation de l’expédition et des informations à caractère scientifiques sont conservés aux Archives nationales. Les archives de l’Académie des Sciences, conservées à l’Institut sont aussi assez riches et fournissent des procès-verbaux de séances, un dossier sur La Condamine contenant des extraits manuscrits de ses mémoires, etc. La bibliothèque de l’Observatoire permet également de compléter les recherches, car elle recèle quelque 50 lettres de La Condamine durant son voyage.

L’étude de quelques-unes des cartes produites conservées au Département des Cartes et Plans montre la richesse de ce support pour des recherches historiques et la diversité des outils de travail à disposition pour mieux les comprendre et les décrire. Une sélection a été présentée, qui montre la diversité des supports, des informations, des intentions, et des tracés qui font de chaque carte un objet d’étude en soi, en même temps qu’un jalon dans un contexte de recherches plus large1. Ainsi les cartes manuscrites du nord de l’île de Marajo tracés par La Condamine puis mises au propre plus tard, font voir les différents états possibles d’une même carte. On peut les remettre en contexte en s’intéressant à l’histoire de leur acquisition et conservation grâce aux registres d’acquisition ; mieux appréhender les informations géographiques en comparant avec les cartes portant sur la même région conservées dans les différentes collections du département : les fichiers photographiques2 sont pour une première étude très utile. La complémentarité avec le récit est ici évidente, texte et représentation cartographique sont indissociables. Les cartes sont aussi une concentration d’informations à comprendre et exploiter (tracés, mesures, symboles, toponymes, commentaires, ornementation, etc.). Le carte gravée de la province de Quito de d’Anville est un bon exemple, qui permet d’aborder le langage de signes et de symboles spécifiques aux cartes, et qui condense sur une seule feuille, les travaux scientifiques décrits dans les mémoires. On y voit de façon concise et efficace les travaux de triangulation qui ont conduit au tracé du méridien. Toutes ces observations conduisent donc à s’interroger sur la place de la carte dans toute étude scientifique, son efficacité, et la fascination qu’elle exerce à juste titre sur les publics les plus divers.

Cette courte présentation d’un sujet très riche et les présentations des différents intervenants lors de cette rencontre ont donc permis de montrer sur le plan de la conservation la porosité entre les archives et les bibliothèques, qui se partagent la conservation des cartes et des ressources de l’histoire scientifique et la complémentarité des centres de conservation sur ce point, que doit refléter le dialogue entre les chercheurs et entre les conservateurs, partageant les mêmes collections et problématiques de conservation ; sur le plan scientifique, de souligner la transdisciplinarité d’un tel domaine, et la nécessité d’exploiter toutes sortes de sources et supports, dès lors que l’on traite de cartes ou de récits de voyage, ou de sujets à caractère plus largement scientifique : la remise en contexte et l’étude croisée permettent de reconstruire par exemple l’histoire du journal et/ou des cartes, d’étudier la circulation de ces dernières.

Ces recherches, ce travail de comparaison et de croisement nécessaire à toute étude sur un sujet scientifique, sont d’ores et déjà facilités par la mise à disposition d’outils de recherches dans les différents départements, mais aussi par le mouvement de numérisation des collections entrepris par les conservateurs et les institutions, qui devrait à terme offrir un outil de travail inédit pour les chercheurs, et un accès élargi à des disciplines peu ou mal connues du grand public.

Compte rendu rédigé par Stéphanie Deprouw et Justine Dujardin et révisé par l’ensemble des intervenants.