L'activité éditoriale de la Société
d'histoire religieuse de la France ne se limite pas à la publication
de la Revue d'histoire de l'Église de France.
La Société d'histoire ecclésiastique de la France a
publié de 1912 à 1982 une collection dite Bibliothèque
de la Société d'histoire ecclésiastique de la France,
riche de 43 titres correspondant à 51 volumes, dont la plupart ont
paru d'abord aux Éditions Letouzey (1912-1940) puis aux Éditions
Vrin (1946-1982) ; près de la moitié d'entre eux (20
titres, 24 volumes) sont encore aujourd'hui disponibles auprès de
ces éditeurs.
Après onze années d'interruption,
cette collection est reparue aux Éditions
du Cerf sous le titre Histoire religieuse
de la France. Elle s'enrichit régulièrement
d'un à quatre titres chaque année.
Comme la première collection, elle accueille
des travaux universitaires et des actes de colloques
dont les thèmes touchent aux centres d'intérêts
de la Société.
Histoire religieuse de la France
Collection publiée sous la direction de Bernard Barbiche
Les ouvrages sont disponibles aux éditions du Cerf,
29, boulevard de Latour-Maubourg, 75007 Paris
(http://www.editionsducerf.fr)
1. Marc Venard, Réforme protestante, Réforme catholique
dans la province d'Avignon –XVIe siècle, Préface d'Alphonse
Dupront, 1993, 1282 p.
On répète depuis longtemps qu'Avignon, en terre
papale, a été la porte d'entrée en France de la
Réforme catholique. Sans doute, mais ce ne fut
pas tout simple. Et cela ne doit pas faire oublier
qu'il s'en était fallu de peu qu'Avignon ne fût
plutôt un foyer de protestantisme. En réalité,
la province ecclésiastique d'Avignon, véritable
mosaïque politique et culturelle, a vécu avec
passion l'histoire mouvementée du XVIe siècle.
La cité papale ne représente pas toute cette province
: celle-ci est constituée aussi par toutes les
villes moyennes et petites qui entourent Avignon,
et même par de simples villages, qui, du fait
de leurs positions originales et contrastées,
méritent l'attention. Grâce à une documentation
prodigieusement riche, il a été possible, à travers
l'histoire religieuse d'une province, de dégager
des perspectives qui valent largement pour l'ensemble
de la France, voire de la chrétienté.
2. Pierre Riché, La christianisation des pays entre
Loire et Rhin (IVe-VIIe siècle), 1993, 272 p.
La christianisation des pays entre Loire et Rhin
du IVe au VIIe siècle
est un grand sujet dont historiens, philologues,
archéologues français et étrangers il y a quelques
années lors d'un colloque organisé à l'université
Paris X-Nanterre. Comment ces régions éloignées
de la Méditerranée ont-elle reçu la religion chrétienne,
comment les jeunes communautés de clercs et de
laïques ont-elles supporté le choc des Grandes
Invasions, enfin comment rois barbares, aristocratie,
évêques et moines ont œuvré pour établir les bases
de ce qui deviendra la chrétienté médiévale, toutes
ces questions demandaient des réponses précises.
Elles furent données grâce aux restes archéologiques
surtout funéraires mais aussi aux textes écrits
en particulier les Vies des saints dont on retrouve
tout l'intérêt. D'autre part l'onomastique étude
des noms de personnes et de lieux apporte sa contribution
à la recherche. Le succès remporté par ce colloque
a fait que les Actes sont maintenant introuvables
et qu'une réédition était souhaitable. Nous la
donnons avec des compléments bibliographiques
car les travaux se multiplient surtout pour ces
lointaines périodes qui de plus en plus retiennent
l'attention des historiens.
3. Marie-Ange Duvignac-Glessgen, L'ordre de la Visitation
à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1994,
352 p.
La Visitation, ordre féminin issu de la Contre-Réforme, connut un succès
considérable au XVIIe siècle et se répandit rapidement dans
tout le royaume de France. Paris, ardent foyer spirituel, vit naître trois
communautés visitandines, installées rue Saint-Antoine, rue du Faubourg-Saint-Jacques
et rue du Bas. Un tel engouement pour la Visitation fut suscité à la fois
par la personnalité exceptionnelle de ses fondateurs, saint François de
Sales et sainte Jeanne-Françoise de Chantal, et par les idéaux de douceur
et de simplicité attachés à la spiritualité visitandine.
Pour la première fois, les trois monastères parisiens font l'objet d'une
étude de synthèse. Depuis leur établissement dans la capitale jusqu'à leur
disparition dans la tourmente révolutionnaire, l'auteur reconstitue la vie
de ces communautés consacrées à Dieu, le parcours spirituel des religieuses,
leurs activités quotidiennes, leurs relations étroites avec la société laïque
parisienne qui fréquenta assidûment leurs églises, leurs parloirs et leurs
pensionnats.
L'analyse minutieuse de près de trois cents contrats d'entrée en religion,
des notices nécrologiques des visitandines parisiennes, des annales des
monastères ainsi que de nombreux livres de comptes, a permis à l'auteur
de dessiner l'évolution des effectifs des trois communautés aux XVIIe
et XVIIIe siècles, de définir précisément les origines sociale
et géographique des religieuses et de décrire par le menu la situation matérielle
et les choix économiques des monastères. Les résultats obtenus vont à l'encontre
de bien des préjugés sur la Visitation et plus largement sur les ordres
féminins cloîtrés en France.
En étudiant les fondations de nouvelles maisons
par les visitandines parisiennes, leurs interventions
réformistes dans d'autres monastères féminins
comme Port-Royal de Paris, ou leur rôle décisif
dans la diffusion de la dévotion au Sacré-Cœur
de Jésus, l'ouvrage dévoile la contribution méconnue
mais si importante des visitandines parisiennes
à l'histoire religieuse de leur temps.
4. Chrétiens dans la Première guerre mondiale,
Préface de Michel Mollat du Jourdin, 1993, 208 p.
La guerre qui éclate pendant l'été de 1914 va bouleverser toutes les habitudes,
dans tous les pays. Celles des chrétiens aussi.
Au front comme à « l'arrière », on se tourne vers Dieu. Dans les tranchées,
les soldats manifestent leur foi de multiples façons comme nous le montre
Annette Becker. Loin des combats, garçons et petites filles prient pour
ceux qui luttent. Depuis l'Amérique, la petite Anaïs Nin prie pour la France,
incarnant, nous dit Stéphane Audoin-Rouzeau, ces enfants catholiques qui
assument par la prière leur part de l'effort de guerre. Un catholique pratiquant,
Denys Cochin, entre au gouvernement, contribuant à effacer, comme l'écrit
Brigitte Waché, l'image d'une France anticléricale. Si, en ces temps de
grande tension, certains remettent en cause leur foi, d'autres au contraire
la découvrent comme Henri Ghéon, cet ami d'André Gide dont Frédéric Gugelot
a retracé les étapes de la conversion.
Le clergé participe aussi à la guerre. Nadine-Josette Chaline et Laurinda
Stryker montrent comment les aumôniers militaires ont incarné auprès des
soldats français et britanniques la permanence du christianisme dans un
monde où tout s'écroule. la guerre est aussi l'occasion de côtoyer ceux
qui appartiennent à une autre confession. Michel Lagrée a ainsi saisi, à
travers la presse catholique, la découverte du monde protestant catholiques,
inquiète le pape dont les initiatives, et particulièrement sa note d'août
1917 étudiée par Jean-marie Mayeur, sont loin de faire l'unanimité.
Une fois la guerre gagnée, les survivants veulent
maintenir le souvenir de leurs camarades morts.
Beaucoup d'églises sont alors dotées de vitraux
commémoratifs. Jean-Pierre Blin nous les fait
découvrir en étudiant les églises reconstruites
dans le Nord et dans l'Est de la France.
5. Jacqueline Roux, Sous l'étendard de Jeanne. Les fédérations
diocésaines de jeunes filles 1904-1945, Préface de Gérard Cholvy, 1995,
320 p.
En 1904 naissait à Pamiers une Fédération diocésaine de jeunes filles, organe
de liaison entre groupes paroissiaux. Les prêtres ariégeois fondateurs suscitèrent
à Lourdes les premiers rassemblements de groupements analogues surgis en
diverses régions. Ces fédérations établissaient des relations régulières
entre les groupes paroissiaux qui entretenaient chez les adolescentes et
les jeunes adultes une vie de piété par la communion mensuelle, le goût
de l'étude grâce à des cercles, et qui les incitaient à l'action apostolique
et charitable. Piété, étude, action, était la devise de l'Association
catholique de la jeunesse française, l'ACJF, masculine ; on retrouve cette
devise dans les statuts des fédérations de jeunes filles. Des rassemblements
cantonaux et diocésains donnaient aux jeunes congressistes le sentiment
de leur nombre et de leur force aux temps difficiles de la séparation de
l'Église et de l'État. la première guerre mondiale porta un coup d'arrêt
au mouvement.
La paix revenue, plusieurs fédérations se reconstituèrent et beaucoup d'autres
furent créées, malgré les réticences de la Ligue patriotique des Françaises,
qui souhaitait conserver à ses membres la direction des groupes de jeunes
filles. Plus de soixante diocèses furent concernés. La plupart de leurs
fédérations de jeunes filles adoptèrent comme patronne principale ou secondaire
sainte Jeanne d'Arc, canonisée en 1920.
Mgr Cholet, archevêque de Cambrai, favorisa l'établissement d'un secrétariat
national animé à Paris par Anne Leflaive et le chanoine Carnus, fondateur
avec Gabrielle Bonnefous de la fédération de Rodez, se rallia aux conceptions
de ce secrétariat, bien qu'il eût commencé à constituer, sur d'autres bases,
une Fédération nationale de jeunesse féminine, à l'image de la Jeunesse
féminine catholique italienne (GFCI).
Entre 1935 et 1940, la plupart des directeurs diocésains des œuvres souhaitaient
la multiplication des sections de mouvements d'Action catholique spécialisés, dont
l'existence allait compromettre la survie des groupes paroissiaux indifférenciés,
nombreux dans les fédérations les plus vivantes. Le secrétariat national dut se
dissoudre en 1945, en même temps qu'achevaient de disparaître les fédérations qui
avaient eu, entre autres mérites, celui de fournir aux mouvements spécialisés, à la
JACF et à la JICF surtout, de nombreuses adhérentes.
6. Daniel Moulinet, Les classiques païens dans les collèges
catholiques ? Le combat de Mgr Gaume (1802-1879), Préface de Jean-Marie
Mayeur, 1995, 486 p.
Au lendemain de la loi Falloux qui ouvre à l'Église les portes de l'enseignement
secondaire, en 1850, la question se pose : peut-on conserver comme manuels
d'études littéraires les classiques de l'Antiquité païenne qui ont été à
la base de l'enseignement dans les établissements dépendant de l'Université.
Un homme se dresse pour exiger une réforme radicale, qui accorderait aux
Pères de l'Église la prééminence dans les programmes : c'est l'abbé Jean
Joseph Gaume (1802-1879), ancien supérieur de petit séminaire et vicaire
général, qui règne aussi sur une maison d'édition religieuse nettement ultramontaine.
Il ne s'agit pas là d'un combat marginal, mené par un homme solitaire. S'il
éveille des échos et suscite des oppositions, au sein de l'opinion et de
la hiérarchie catholique, jusqu'au point de diviser publiquement l'épiscopat
et de causer indirectement la publication d'une encyclique pontificale,
s'il suscite des émules à l'étranger, au Canada, en Italie et en Espagne
notamment, c'est qu'il pose la question de l'articulation de l'Église et
du pouvoir politique sur le terrain, si sensible, de l'école.
Joseph Gaume se fait, dans ce domaine, le chantre
de l'intransigeance catholique qui voit dans les
régimes issus de la Révolution le renversement
de l'ordre voulu par Dieu et qui voudrait pouvoir
retourner à son profit l'arme de l'école paraît
constituer à ses yeux. L'éducation fondée sur
les classiques païens a fait une jeunesse admiratrice
de la République romaine ; celle qui le serait
sur la littérature chrétienne devrait être capable
de la faire revenir dans le giron de l'Église
et restituer à celle-ci son rôle maternel à l'égard
des « nations catholiques ».
7. Pierre Blet, Le clergé du Grand Siècle en ses assemblées
1615-1715, 1995, 530 p.
Les assemblées du clergé, instituées au colloque
de Poissy (1562) et dont l'histoire s'achève en
1788, sont une institution propre à l'Église de
France. Leur étude a été négligée par les historiens
qui se limitent ordinairement à mentionner l'assemblée
de 1682 avec ses « quatre articles ». les réunions
quinquennales des quelques trente ou soixante
députés des provinces ecclésiastiques du royaume
(petites ou grandes assemblées) ont pourtant joué
un rôle important dans la France des XVIe-XVIIIe siècle.
Chargées de décider de la contribution de l'Église
de France aux finances de l'État, elles deviennent
vite de petits conciles nationaux. Face au roi,
elles défendent l'immunité fiscale du clergé.
Mais elles recourent à lui et à son autorité souveraine
pour maintenir contre ses magistrats le droit
exclusif de l'Église en matière de doctrine et
de discipline et pour réclamer la réduction, voire
l'abolition des avantages accordés aux protestants
par l'édit de Nantes. D'autre part , elles proclament
hautement l'autorité du pape, chef de l'Église
et vicaire de Jésus-Christ. Mais elles entendent
réserver aux évêques la première instance des
causes de foi et du jugement des évêques. Les
quatre articles de 1682 étaient en gestation dans
ces assemblées depuis le début du XVIIe siècle,
et le mouvement janséniste profita largement de
la résistance plus ou moins latente qu'elles opposèrent
à l'exercice de la juridiction universelle et
immédiate du pontife romain.
8. L'enseignement catholique en France aux XIXe
et XXe siècles, sous la direction de Gérard Cholvy
et de Nadine-Josette Chaline, 1995, 296 p.
Connaît-on bien l'origine, l'histoire, les facettes
de l'enseignement catholique en France ? Sait-on
combien la liberté de l'enseignement fut un combat
mené depuis que Napoléon voulut établir un monopole
de l'université dépendant de l'État ? L'Église,
principale victime d'un cours nouveau des choses,
au demeurant bien esquissé depuis la suppression
des Jésuites au XVIIIe siècle,
a-t-elle prétendu détenir un pouvoir, comme les
intransigeants le souhaitent, ou affirmer une
présence comme les libéraux y prétendent, au premier
rang desquels figure le célèbre vicomte Alfred
de Falloux ? Clivage essentiel des opinions politiques
au XIXe siècle et durant les premières
décennies du XXe siècle, la question
scolaire mobilise les énergies. L'émulation a
rendu inventifs des clercs avisés qui innovent
dans l'enseignement professionnel, dans l'enseignement
agricole, cependant que le gros des bataillons
défend le terrain pied à pied en terme de concurrence
plus souvent que de complémentarité. La facultés
catholiques, tardivement constituées, sont-elles
parvenues à relever les défis intellectuels que
la culture scientifique et le mouvement philosophique
dressent devant elles à l'époque du positivisme
? L'enseignement catholique qui vécut longtemps
dans la ferveur et dans la pénurie n'a jamais
fait l'unanimité parmi les catholiques. Dans les
années 1960-1970, l'institution est même fortement
contestée. Elle l'est moins aujourd'hui où des
formes de complémentarité et de collaboration
ont été esquissées. A l'heure où l'érosion de
la mémoire religieuse dans la générations montantes
inquiète bien au-delà des frontières confessionnelles,
ce réseau d'enseignement offre-t-il de meilleures
possibilités de culture ? Ce livre, sans prétendre
répondre à toutes ces questions de manière exhaustive,
constitue une étape importante pour notre connaissance
de l'éducation et de la société française. L'histoire
et l'enjeu de l'enseignement libre sont, de ce
point de vue, aussi révélateurs que névralgiques.
9. Jacques-Olivier Boudon, L'épiscopat français à l'époque
concordataire, 1996, 608 p.
Comment devenait-on évêque au XIXe siècle ? C'est à cette
question que répond ce livre, réponse donnée à travers une démarche originale
: l'étude systématique des origines sociales, de la formation et de la carrière
suivie par les cinq cent quinze (515) prêtres devenus évêques au cours du
XIXe siècle.
Fils d'artisans ou de bourgeois, ils ont pour la plupart effectué leurs
études dans les séminaires diocésains, mais ils ont peu fréquenté les facultés.
De là vient leur réputation, confirmée par leur production bibliographique,
d'avoir été de piètres théologiens.
Mais si un cursus type se dégage de cette étude,
il apparaît néanmoins que ce cursus n'était pas
suffisant pour s'assurer un diocèse. En effet,
sous le régime du Concordat, al nomination des
évêques revenait au chef de l'État bien que le
Saint-Siège ait conservé un droit de regard sur
ces nominations. Comment, dans ces conditions,
étaient sélectionnés les candidats ? Quel était
le poids des recommandations des uns et des autres
? À travers les dossiers des archives vaticanes,
on peut suivre les jeux complexes de relations
où s'entrecroisent les intérêts des réseaux politiques
aussi bien qu'ecclésiastiques.
10. Thierry Blot, Reconstruire l'Église après la Révolution.
Le diocèse de Bayeux, Préface de Maurice Quenet, 1997, 480 p.
Au lendemain de la Révolution, Monseigneur Brault, évêque de Bayeux, se
voit confié par le Souverain Pontife et par le gouvernement français une
mission difficile : celle de mettre en place le Concordat de 1801 – signé
entre Bonaparte et Pie VII – qui doit rendre à l'Église catholique
les moyens de sa mission évangélique dans une société marquée par le rationalisme
des Lumières.
Mission difficile en effet ; car le diocèse du Calvados comme le reste de
la France viennent de vivre plusieurs années d'un tumulte tant religieux
que politique. De nombreux prêtres restent attachés à l'Église constitutionnelle
à laquelle ils ont prêté serment, tandis que d'autres, regroupés au sein
de la Petite Eglise, refusent ouvertement le Concordat.
Au terme de luttes sans merci, Monseigneur Brault
parviendra à imposer aux uns et aux autres le
nouveau régime des cultes. Grâce à la ténacité
et à l'habileté de cette forte personnalité, l'Église
parviendra même à retrouver, dans le diocèse de
Bayeux, une position dominantes sous la Restauration.
11. Michelle Fournié, Le Ciel peut-il attendre ? Le
culte du Purgatoire dans le Midi de la France (v. 1320-v. 1520), préface
de André Vauchez, 1997, 600 p.
À la fin du Moyen Âge, une nouvelle dévotion paroissiale
apparaît dans le Midi de la France et connaît
un succès extraordinaire : le culte des âmes du
Purgatoire. Bassins, autel set chapelles du Purgatoire
s'implantent dans toutes les paroisses méridionales.
La création d'un calendrier spécifique, les sermons
des prédicateurs et la profusion d'images accréditent
l'idée du Purgatoire, ce troisième lieu. Les fidèles,
encouragés par les prêtres du Purgatoire, les
évêques et les représentants de la communauté
civile, participent activement aux collectes.
Ainsi, par un circuit d'échanges matériels et
spirituels à l'intérieur de la paroisse, s'exprime
la solidarité entre le monde des morts et celui
des vivants. Mais d'où vient une telle dévotion
?
12. Hervé Laffay, Dom Augustin de Lestrange et l'avenir
du monachisme (1754-1827), avant-propos de Régis Ladous, 1998, 640 p.
On a cru que la Révolution avait détruit définitivement
abbayes et couvents. Nourri de la tradition de
Cîteaux, formé à l'école de l'abbé de Rancé, dom
Augustin de Lestrange a pourtant assuré la transition
entre l'Ancien Régime et l'époque concordataire.
Le renouveau monastique du XIXe siècle
s'enracine dans l'œuvre qu'il entreprend avec
une poignée de moines dès son départ de l'abbaye
de la Trappe, en 1791. Entre 1791 et 1827, par
centaines des hommes et des femmes tentent l'aventure
cistercienne sous sa houlette vigoureuse. Fondations
éphémères, exodes multiples rythment leur marche
du Dniepr au Mississipi, des Antilles à la Baltique.
Leur odyssée se déroule dans le décor canonnant
de la République et de l'Empire et dans les illusions
de la Restauration. A la mort de dom Augustin,
en 1827, près de mille religieux et religieuses
témoignent de l'ampleur d'un mouvement qui inspira
de nombreuses congrégations modernes. Dom Augustin
de Lestrange a maintenu en France la tradition
vivante du monachisme.
13. Georges Provost, La fête et le sacré. Pardons et
pèlerinages en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles,
1998, 540 p.
Depuis leur découverte, voici deux siècles, par les voyageurs et les amateurs
de folklore, les pardons de Bretagne ont été décrits avec surabondance.
On en a retenu le plus souvent l'idée simpliste de fêtes immémoriales, tout
droit sorties des brumes celtiques et miraculeusement conservées dans le
vase clos d'une province épargnée par les vents de l'histoire.
Soucieux de rompre avec cette mythologie, Georges Provost entend restituer
aux pardons toute leur complexité et leur épaisseur historique en les observant
à une période charnière de leur histoire : les XVIIe et XVIIIe siècles,
marqués par l'empreinte de la Réforme catholique. Confrontés à une mutation
sans précédent des modèles religieux et des comportements sociaux, ils ont
révélé leur nature profonde : une union intime de la fête et du sacré. Le
sacré, c'est-à-dire la demande de recours face aux maux du corps (le miracle)
et de l'âme (indulgences et sacrements). La fête, car le pardon est aussi
un rassemblement communautaire où un groupe humain affirme son identité
propre par d'alertes réjouissances.
Au confluent d'une histoire des pratiques religieuses
et d'une histoire de la fête, cette enquête éclaire
la question des rapports entre religion et société
et analyse les fondements historiques d'une identité
régionale qui compte parmi les plus vivantes de
la France d'aujourd'hui.
14. Anne Bonzon, L'esprit de clocher. Prêtres et paroisses
dans le diocèse de Beauvais (1535-1650), Préface de Marc Venard, 1999,
528 p.
Ce livre analyse les transformations de la vie religieuse au « temps des
Réformes », époque à la fois troublée et riche en innovations. Embrasser
d'un même regard les XVIe et XVIIe siècles permet
d'apercevoir, derrière les premières réalisations tangibles de la réforme
catholique, une longue et difficile genèse, faite de tâtonnements et parfois
d'échecs ou d'impasses.
Le diocèse de Beauvais offre pour cela un terrain riche et original : situé
au cœur du royaume, à la fois provincial et proche de Paris, cet « entre-deux
» géographique demeurait jusqu'ici mal connu au plan religieux.
Grâce à une documentation largement inédite qui émane de la hiérarchie et
des paroisses elles-mêmes, l'auteur scrute la vie et les attentes du peuple
chrétien, tendues entre le prescrit et le vécu, les initiatives réformatrices
et leur écho inégal. Au-delà des textes normatifs, les pratiques sont ainsi
constamment interrogées.
Il en ressort un tableau contrasté de ce diocèse,
peu tenté par le protestantisme et longtemps hostile
aux tentatives de réforme épiscopale. Ce n'est
qu'après les bouleversements de la fin du XVIe siècle
et une longue période de désorganisation et d'absentéisme
des évêques que les fidèles finissent par accueillir
avec docilité une réforme spectaculaire quoique
tardive. Celle-ci, toutefois, ne s'effectue pas
sans résistances dès lors que les exigences de
la hiérarchie ne rencontrent pas les aspirations
de tous.
15. Brigitte Beaujard, Le culte des saints en gaule.
Les premiers temps. D'Hilaire de Poitiers à la fin du VIe siècle,
Préface de André Vauchez, 2000, 622 p.
À la différence du reste de l'Occident, la Gaule compta peu de martyrs hormis
ceux de Lyon. Le culte des saints y apparut tardivement – durant les deux
dernières décennies du IVe siècle – et ne toucha d'abord que des milieux
restreints d'évêques et d'ascètes qui étaient en relation avec l'Italie
et l'Orient.
Puis, dans la seconde moitié du Ve siècle, son audience
s'élargit : avec le reflux de la puissance romaine, les évêques de Tours
et des cités rhodaniennes trouvèrent dans le culte des saints un remède
aux difficultés du temps. Cette dévotion revêtait une dimension à la fois
individuelle et collective. Fidèles et cités recherchaient dans l'amitié
d'un saint une aide spirituelle ou concrète. Ils s'adressaient de préférence
à des saints gaulois parmi lesquels Martin, qui jouissait d'un prestige
inégalé. En effet, la qualité de martyr importait moins que la proximité
et l'efficacité des saints. Les tombes où ils reposaient, aux portes des
villes puis des basiliques dans lesquelles ces tombes furent enchâssées
établissaient un saint rempart autour de la ville. Considérés comme des
sauveurs de leur cité, voire comme les fondateurs de leur Eglise, ils devinrent
des figures emblématiques dont on célébrait la mort, les translations, voire
certains miracles. Peu à peu, ils dominèrent l'espace et l'histoire de la
cité.
Bien que le mouvement ne cessa de s'amplifier,
il n'avait pas encore atteint toute la Gaule à
la fin du VIe siècle ; les montagnes
et les régions situées à l'ouest d'une ligne Nantes-Cologne
lui échappaient encore.
16. Isabelle Brian, Messieurs de Sainte-Geneviève. Religieux
et curés, de la Contre-Réforme à la Révolution, préface de Dominique
Julia, 2001, 554 p.
« Génovéfains : on ne sait pas ce que c'est. » Telle est la définition donnée
par Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues. Depuis le siècle dernier,
aucune étude d'ensemble n'a été consacrée à ces religieux qui semblent défier
toute définition. Pourtant, les figures génovéfaines passée à la postérité
sont si diverses qu'il était nécessaire de s'efforcer de dégager les traits
d'une identité collective.
L'ouvrage d'Isabelle Brian vient combler cette lacune.
« Je laisse au lecteur le soin de découvrir toutes
les richesses du livre d'Isabelle Brian. Il montre,
à partir du cas de la congrégation des chanoines
réguliers de France, comment l'exaspération du
combat entre jansénistes et antijansénistes au
XVIIe siècle a épuisé les corps
religieux nés de la Réforme catholique au siècle
précédent, selon des formes, il est vrai, très
diverses. Au moment où beaucoup des congrégations
nées au XVIIe siècle sont confrontées
– pour de tout autres raisons – à de nombreuses
difficultés, cette histoire mérite d'être méditée
» (Dominique Julia).
17. Xavier Boniface, L'aumônerie militaire française
(1914-1962), avant-propos de Mgr Jean Badré, préface de Yves-Marie
Hilaire, 2001, 600 p.
Comment, avec la séparation des Églises et de l'État, l'aumônerie militaire,
qui est une instance religieuse, a-t-elle sa place dans l'armée, une institution
publique ? Comment aussi, en s'exprimant au nom d'Églises prêchant un esprit
de paix, l'aumônerie peut-elle être présente auprès des soldats qui préparent
la guerre ou qui combattent ?
Les prêtres, les pasteurs et les rabbins ont éprouvé, dans leur service
quotidien au sein de l'armée, l'importance de ces questions. Le demi-siècle
étudié, de 1914 à 1962, marqué par de nombreux conflits, en a souligné l'aspect
dramatique.
Cet ouvrage retrace l'histoire de l'aumônerie militaire, celle de son édification
institutionnelle, de son intégration progressive dans les structures de
l'armée, de ses mission pastorales, mais aussi celle de ses enjeux politiques,
éthiques ou théologiques.
L'aumônier assure un accompagnement religieux
des soldats, à la caserne et sur le champ de bataille.
Or sa présence cautionne indirectement la mission
des militaires et justifie la guerre. Mais elle
permet aussi le rappel de certaines règles morales.
Ainsi, par sa place originale, l'aumônerie militaire
est à la croisée des Églises et de l'État, de
la guerre et de la paix.
18. Jacques-Olivier Boudon, Paris, capitale religieuse
sous le Second Empire, 2001, 560 p.
Paris, ville des révolutions, est traditionnellement présentée comme un
des premiers foyers de « déchristianisation » dans la France du XIXe siècle.
Mais Paris fut aussi un laboratoire en vue d'une régénération religieuse
de la France. Concentrant un clergé varié, issu de toutes les provinces,
ainsi qu'un nombre grandissant de congrégations religieuses, Paris, centre
industriel en plain essor, est aussi le lieu d'où partent la plupart des
initiatives en matière sociale.
Son pouvoir de commandement s'affirme donc avec
force dans la deuxième moitié du XIXe siècle,
au moment où les autorités politiques et religieuses
prennent conscience du fossé qui se creuse entre
la population et l'Église. En plein accord avec
les archevêques parisiens, Napoléon III lance,
en effet, un véritable plan d' « haussmannisation »
religieuse de la capitale qui passe par une réforme
des paroisses et un réaménagement des édifices
cultuels dont la restauration de Notre-Dame reste
le symbole. Ce projet vise à doter Paris de tous
les atouts qui doivent en faire la capitale religieuse
de la France. Le régime napoléonien entend s'enraciner
grâce au soutien d'une Eglise, sans cesse sollicitée
dans la mise en scène du pouvoir impérial. Paris
s'offre aussi en modèle d'une Eglise ouverte au
monde, refusant l'intransigeance romaine. La capitale
cherche à prendre la tête de l'Église de France
face à la Rome du Syllabus. Le concile du Vatican
marque l'échec de cette tentative, mais Paris
conserve une autorité qui lui donne, jusqu'à aujourd'hui,
une place à part dans l'Église de France.
19. Agnès Walch, La spiritualité conjugale dans la catholicisme
français (XVIe-XXe siècle), 2002, 543 p.
Lors de la Réforme catholique, le mariage fait l'objet d'un intérêt renouvelé
de la part du clergé qui découvre, en amont de la famille, l'existence spécifique
du couple dans ses dimensions humaines et religieuses. Ainsi s'ébauche ce
qui allait devenir, au prix de maintes péripéties, le concept de « spiritualité
conjugale » invitant les époux chrétiens à vivre leur relation à la lumière
de la foi.
Dans cet ouvrage, Agnès Walch a voulu retrouver sur la longue durée le fil
conducteur de cet avènement et montre comment ont évolué les représentations
concernant la vie conjugale, particulièrement la place et la signification
de la sexualité des époux. Elle suit le cours d'un laborieux mais fécond
dialogue entre l'institution gardienne des dogmes et les fidèles aspirant
à concilier leur adhésion à la doctrine avec leur insertion dans une société
en voie de sécularisation. Cette histoire s'achève sur les développements
actuels par une enquête sur le mouvement des Équipes Notre-Dame.
Au fil des pages, on pourra découvrir comment
l'échange dialectique qui s'est instauré entre
clercs et laïcs a permis de dévoiler, dans le
catholicisme français, des valeurs nouvelles à
la confluence de la tradition ecclésiale et de
la modernité laïque.
20. Le diocèse. Espaces, représentations, pouvoirs. France,
XVe-XXe siècle, sous la direction de Gérald Chaix,
2002, 450 p.
En 1997, le diocèse de Blois commémorait le tricentenaire de sa fondation.
Un colloque international était organisé sur l’analyse de la réalité diocésaine, en se tenant, pour
des raisons de méthode, à l’espace français d’une part et à la période moderne et contemporaine
d’autre part. Le sous-titre explicite les trois axes principaux de la recherche : la notion d’espace
comme « système de relations » ; celle de représentation (conception, image, discours sur
le diocèse) ; enfin celle de réalité du diocèse : un groupe social ayant ses propres règles, une
Église hiérarchiquement établie, une réalité symbolique fondée sur la circulation et le partage,
dans un cadre territorial, des biens de salut. Ces actes sont dédiés à la mémoire de Michel Lagrée.
21. Christian Sorrel, Libéralisme et modernismes : Mgr Lacroix (1855-1922.
Enquête sur un suspect, 2003, 544 p.
La biographie de Mgr Lacroix (1855-1922), fondateur de la Revue du clergé
français (1894), évêque de Tarentaise (1901) puis, après sa démission retentissante,
professeur d'histoire à l'École pratique des hautes études (1908), met en lumière une
personnalité controversée de l'histoire politique et religieuse de la France
contemporaine et s'efforce de comprendre un parcours atypique qui conduit aux portes
de la révolte contre la papauté un clerc préoccupé d'insérer le catholicisme dans
la société moderne et tour à tour acteur, porte-drapeau et symbole : le ralliement
des catholiques à la République, la mise en œuvre de la loi de Séparation des Églises
et de l'État, les enjeux intellectuels et religieux du modernisme constituent les
principaux jalons d'un itinéraire discuté, souvent tumultueux et volontiers provocateur.
22. Philippe Martin, Une religion des livres (1640-1850), 2003, 626 p.
Ouvrages de petit format en langue vulgaire expressément destinés aux laïcs, les
livres de piété ont tenu une place fondamentale dans la religion. Grâce à l'analyse
de 2230 éditions différentes, Philippe Martin nous fait découvrir cette réalité
trop longtemps ignorée. Couvrant une vaste période s'étendant des années 1640 aux
années 1850, ce livre s'intéresse d'abord aux conditions matérielles de la production,
la littérature de piété ayant été un des secteurs les plus dynamiques de l'édition
française durant l'Ancien Régime. L'auteur nous introduit ensuite au cœur même de
ces ouvrages qui révèlent ce que les fidèles auraient dû penser et pratiquer, vision
d'une religion faisant une place essentielle à l'intériorisation et à la
responsabilité individuelle. Il nous fait découvrir de véritables programmes de
vie chrétienne, montrant comment le catholique doit prier, se comporter en public,
agir dans son travail. Afin de connaître la manière dont les fidèles ont perçu ce
message, il envisage enfin les modalités d'appropriation de ces textes, seul moyen
de retrouver le geste de l'individu, qu'il soit Grand du royaume ou simple lavandière.
23. Marcel Bernos, Femmes et gens d’Église dans la France
classique, XVIIe-XVIIIe siècle, Préface de Jean
Delumeau, 2003, 416 p.
Le présent ouvrage montre que l'Église, dans la France classique, se
comporte de manière plutôt moins misogyne que les autres témoins de
la société civile (magistrats, médecins, philosophes). Elle défend
souvent la femme dans ses revendications à une éducation spécifique,
elle dénonce les vocations forcées des jeunes filles de grandes
familles poussées au couvent, elle revendique pour la femme une place
essentielle dans la vie de famille et l'éducation des enfants, elle
définit au bénéfice de la femme le droit du mariage, elle offre aux
femmes – au sein des paroisses, confréries, congrégations,
abbayes – une promotion sociale et intellectuelle exceptionnelle.
Cet essai montre le danger de l'anachronisme du jugement contemporain
qui analyse une époque culturelle spécifique avec le regard et les
critères d'aujourd'hui en ce qui concerne l'égalité des sexes.
24. Catherine Vincent, Fiat Lux. Lumière et luminaires dans la vie religieuse
en Occident du XIIIe au début du XVIe siècle, 2004, 702 p.
« Je suis la lumière du monde » proclame le Christ dans l'Évangile selon saint Jean.
Entre cette affirmation, longuement commentée par les théologiens et les mystiques,
et les humbles gestes accomplis par les clercs et les pèlerins existe une relation
fondamentale qui n'avait jamais retenu l'attention des historiens. Catherine Vincent
l'étudie en s'appuyant sur les témoignages de la vie religieuse à la fin du Moyen Âge.
Récusé par la Réforme, l'usage des signes et des symboles lumineux (torches, bougies,
cierges, lustres, vitraux...) joue un rôle important dans la pratique catholique
(processions, liturgie, sacrements, cultes des saints) et révèle une passionnante
anthropologie religieuse.
25. Louis-Pierre Sardella, Mgr Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918). Un évêque
français au temps du modernisme, 2004, 752 p.
Mgr Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918), évêque de Fréjus (1890) puis archevêque
d'Albi (1899) a été, du fait de son ouverture d'esprit et de sa compétence dans
le domaine biblique, l'un des évêques français de son temps le plus impliqué dans
la crise moderniste. Son amitié indéfectible pour l'abbé Alfred Loisy et le soutien
sans faille qu'il a apporté à l'exégète suspect puis condamné et finalement excommunié
ont été une source d'incompréhension pour la plus grande partie de l'opinion catholique
de son temps, y compris ses collègues évêques et le magistère romain. En sorte que
la défense de son orthodoxie a été l'objet d'un véritable enjeu de mémoire jusque
dans les années Trente du XXe siècle. Face aux principales questions en débat dans
l'Église catholique durant le quart de siècle qui a précédé la première guerre mondiale :
nature de la révélation, caractères de la connaissance de foi qui y répond, valeurs des
formules dogmatiques qui l'énoncent, rôle et méthodes de l'apologétique qui en établit
le bien fondé, Mgr Mignot était persuadé que l'Église n'avait rien à craindre de la prise
en compte des résultats de la méthode historico-critique appliquée à la lecture de la
Bible et de la mise en œuvre d'une apologétique qui ferait davantage droit aux
exigences de la conscience moderne ainsi qu'à l'idée de développement de la doctrine
qu'il avait faite sienne à la suite de sa lecture de John Newman. Il considérait donc
qu'il fallait laisser aux chercheurs une pleine liberté et que la théologie ne devait
plus avoir pour objectif l'exposition d'un corps de doctrine sensé être intangible,
mais celui de proposer une meilleure intelligence de la foi chrétienne en tenant compte
des exigences de la pensée contemporaine.
26. Vladimir Angelo, Les curés de Paris au XVIe siècle, 2005, 906 p.
Dans une ville telle que Paris au XVIe siècle, forte de la présence
d’évêques, de nombreux religieux, de théologiens célèbres, d’actifs
prédicateurs, les curés ont été les agents de la Réforme catholique nouant
théologie et pastorale, pratique religieuse quotidienne et orientation
politique. Les liens avec les paroissiens se sont établis à partir d’un
pouvoir d’ordre juridique qui se fondait dans des relations de nature
sacramentelle, dans la ligne du modèle théologico-juridique de l’Église
qui s’est progressivement mis en place à partir du XIIIe siècle.
L’objet de cette étude est de chercher à connaître les curés de Paris,
durant le siècle des Réformes, à comprendre comment ces agents du renouveau
pastoral que les évêques de Paris ont voulu promouvoir, ont accompli leur tâche
et se sont insérés dans la vie de la cité. Trois parties, suivies d’une
annexe prosopographique, structurent l’ouvrage. La première établit les
cadres de l’activité des curés : la ville et ses 39 paroisses,
l’encadrement diocésain et les relations conflictuelles avec les
chapitres, les ordonnances synodales. La deuxième est consacrée à l’étude
de l’origine des 389 curés retrouvés : origine sociale et géographique,
modes d’accession aux cures et rapport entre carrière et vocation,
formation religieuse et intellectuelle. La troisième tente d’appréhender
le rôle des curés dans les paroisses, la façon dont ils se sont acquittés de
leur tâche pastorale, les enjeux de pouvoir et les rapports avec le clergé
paroissial et les marguilliers, leur place dans la cité, enfin leurs revenus et
conditions de vie.
Tous gradués, relativement stables dans les paroisses, les curés ont été
actifs dans la lutte contre les protestants et la défense du catholicisme mais
n’ont pas été à l’initiative des luttes politiques. Agents
d’un contrôle pressant des auxiliaires paroissiaux, vicaires et prêtres
habitués, ils ont ainsi relayé la volonté des évêques de discipliner le
personnel paroissial. Ils ont accompli leurs fonctions pastorales avec un
grand sens du devoir, sans se dégager d’une conception ritualiste de la
religion, et avec la volonté d’accroître leur autorité dans la paroisse.
Les curés de Paris se situent bien dans la ligne des deux caractéristiques
majeures de la Réforme catholique : un clergé défini par sa fonction au
service des fidèles, des curés chargés d’administrer les sacrements et
de veiller à l’instruction du peuple.
27. Laurent Ducerf, François de Menthon. Un catholique au service de la République (1900-1984), 2006, 512 p.
François de Menthon est une figure à demi oubliée du XXe siècle. Et pourtant,
on ne peut évoquer la naissance de la JOC, le mouvement Liberté qui diffuse
clandestinement, un journal de la résistance du même nom, l'épuration, la
création du MRP, le procès de Nuremberg ou les débuts de l'Europe sans rappeler
son rôle. Cette biographie attendue de Laurent Ducerf est tirée d'une thèse
d'histoire soutenue en 2000 à l'université Jean Moulin - Lyon III.
L'ouvrage suit le parcours de François de Menthon tout au long de sa vie, en
mêlant à la fois l'histoire d'une personne, d'une génération, et de la France
pour mieux comprendre l'articulation entre la foi et l'engagement d'une figure
de la Démocratie chrétienne française. Le rôle joué par Menthon permet en effet
d'ouvrir ou de compléter de grands dossiers historiographiques.
Président de l'Action catholique de la jeunesse française (ACJF) de 1927 à
1930, il a joué un rôle de premier plan dans la naissance de la Jeunesse
ouvrière chrétienne. La deuxième Guerre Mondiale bouleverse son parcours. Une
étude serrée permet de comprendre comment il a réussi à mettre sur pied un
important mouvement de Résistance, Liberté. Le chapitre sur le Comité Général
d'Etudes ouvre un dossier douloureux, celui de l'affrontement entre la
résistance intérieure et la résistance extérieure. Menthon, très proche de
Jean Moulin, s'affirme comme gaulliste, d'où son départ pour Alger en 1943.
Commissaire à la justice puis garde des Sceaux, il élabore la politique dite
d'épuration. Ce moment clé de l'histoire de France a été beaucoup étudié, mais
jamais du point de vue du ministre de l’époque. C'est ici chose faite.
Enfin, l'ouvrage retrace ses années d'activité politique sous la quatrième
République. Il se consacre en particulier à la construction européenne et fait
partie du comité qui donne naissance au Conseil de l'Europe.
28. Bruno Dumons, Les dames de la Ligue des femmes françaises (1901-1914), 2006, 528 p.
Le vote de la loi sur les associations en juillet 1901, destiné à lutter contre
les congrégations, provoque la colère de plus de six cent mille femmes en
France qui déposent une pétition au Sénat. Privées du droit de vote, elles
décident d’agir sur le résultat des élections législatives
d’avril-mai 1902 en organisant leur protestation sous la forme
d’une ligue féminine. L’initiative est prise à Lyon en septembre
1901 avec la Ligue des Femmes Françaises, rapidement concurrencée par la Ligue
Patriotique des Françaises, d’influence parisienne et de sensibilité
ralliée.
C’est l’histoire de cette première ligue,
d’origine lyonnaise et d’essence monarchiste, qui est retracée ici.
Elle est l’¿uvre de deux femmes, Jeanne Lestra et la comtesse de
Saint-Laurent, guidées par un jésuite, le père Antonin Eymieu. Face à
l’action anticléricale du gouvernement Waldeck-Rousseau, ces trois
personnes vont concevoir comme stratégie de reconquête l’engagement de
femmes en politique, puisant dans une vision du monde largement façonnée par le
catholicisme intransigeant et une spiritualité de combat. Elles vivent leur
engagement politique comme une « expiation » des impiétés du siècle et un temps
de souffrance collective qu’il est nécessaire d’accepter pour
« refaire la France chrétienne ».
Durant ces premières années du XXe siècle, plusieurs milliers de femmes du
monde, provenant surtout des milieux nobiliaires et de la bourgeoisie
catholique traditionnelle, vont alors s’engager dans la Ligue des Femmes
Françaises qui constituera pour elles un espace de politisation et
d’apprentissage de la citoyenneté. Il s’agit là d’une
nouvelle page de l’histoire du catholicisme français « au féminin »,
s’appuyant sur une approche des cultures politiques « blanches » et des
processus de mobilisation, prélude à la naissance de l’Action Catholique
Générale Féminine, la plus grande organisation de femmes dans la France de
1945.
29. Jean-Michel Leniaud, La Révolution des signes. L'art à l'église (1830-1930), 2007, 432 p.
Rassemblant une trentaine d'études sur l'art religieux des XIXe et XXe siècles,
« La Révolution des signes » entend expliquer la diversité apparente des styles
à l'église après l'abandon de ce qu'il est convenu d'appeler le néo-classicisme.
D'autres ouvrages l'ont fait avant lui, notamment à partir des années 1930,
mais dans un dessein polémique : il s'agissait de dénoncer l'incapacité
supposée du XIXe siècle à trouver un style pour l'église et d'en déduire
un manque d'authenticité de sa part dans l'expression de sa foi. On constate, au contraire,
que la multiplicité des styles historiques (gothique, roman byzantin, etc.) exprime
la détermination du catholicisme à accompagner étroitement toutes les aspirations
du temps : la passion pour l'histoire nationale, pour l'Orient, pour
l'archéologie, pour l'industrie et ses nouveaux matériaux, l'ambition de
démocratiser les connaissances et le goût de l'œuvre d'art. Mais on observe
plus encore, dans cette chronologie séculaire que marque le passage du néo-gothique
vers l'abstraction, une tendance qui conduit d'une époque, les années 1830,
passionnée par la multiplication des images, des couleurs et des sujets,
à une progressive raréfaction, intellectualisation et non-figuration :
la « révolution des signes ».
La seconde moitié du XVIIIe siècle avait déjà connu ce phénomène
qu'inverse le romantisme : le primitivisme néo-paléochrétien qui se profile
avec l'avancée du XXe siècle se combine avec un effort qui
vise au rejet de l'ornement et conduit à la modernité. Au total, de Viollet-le-Duc
au père Couturier, l'art à l'église, au long du siècle qui court
jusqu'aux années 1930, révèle une vitalité prodigieuse dont
l'héritage s'impose au XXIe siècle.
30. Yves Gagneux, Reliques et reliquaires à Paris. (XIXe-XXe siècle), 2007, 336 p.
Ce livre offre la première étude sur le culte des reliques dans une grande ville,
à une période où cette dévotion est très peu connue. S'y dessinent le renouveau,
l'apogée puis la lente désaffection de l'intérêt pour les reliques de saints,
depuis le début du XIXe siècle jusqu'à la fin du XXe siècle.
Si les pratiques populaires semblent quasiment inexistantes à Paris,
on constate une forte instrumentalisation du culte des reliques par le clergé
qui l'utilise pour modeler une histoire favorable à l'Église, ou
proposer des modèles aux chrétiens. Ainsi, les reliques de sainte Philomène
contribuent largement à promouvoir la chasteté féminine ; les martyrs des catacombes
et les « saints du clocher » sont opposés lors des tensions
entre les tenants d'une Église nationale et les partisans d'un rapprochement avec Rome,
mais s'unissent dans la lutte contre l'anticléricalisme. Les mêmes procédés
se retrouvent d'ailleurs dans la présentation des restes de saints et de laïcs,
mais à des fins antagonistes, les uns mettant à l'honneur les valeurs chrétiennes,
les autres les vertus républicaines ; tous se rejoignent dans l'exaltation du patriotisme.
La nouveauté des conclusions s'explique par l'originalité d'une enquête
fondée sur l'observation des reliquaires. Pour la première fois,
un sujet d'histoire religieuse est traité à partir d'une analyse d'objets,
et cette étude soulève des questions fondamentales sur les méthodes
de l'histoire de l'art et ses rapports avec d'autres disciplines,
en particulier l'histoire ou l'anthropologie.
31. Marie-Claude Flageat, Les Jésuites français dans la Grande Guerre. Témoins, victimes, héros, apôtres, 2008, 604 p.
En août 1914, les jésuites de France répondirent résolument à l'appel
de leur patrie menacée, malgré leurs ressentiments envers la République française laïque.
Quelles relations entretinrent-ils avec leurs compatriotes ?
Comment concilièrent-ils leur attachement pour leur patrie, leur appartenance
à la Compagnie de Jésus et leur fidélité au pape ? Quelles conséquences
humaines et matérielles la guerre eut-elle sur la Compagnie de Jésus ?
Cet ouvrage donne la mesure de l'engagement des jésuites et analyse
leurs motivations. À travers des extraits d'écrits personnels des jésuites français,
de leurs publications et d'archives officielles et internes à l'ordre,
il informe sur leurs conditions d'existence et leurs activités au front et à l'arrière,
leurs relations avec les autres mobilisés de toutes origines et convictions,
leur apostolat et leur vie religieuse. Les jésuites réagirent aux événements militaires,
aux changements politiques et aux décisions diplomatiques ;
leurs analyses montraient leur volonté de respecter l'Union sacrée,
leur conviction du bon droit de la France face à l'Allemagne protestante,
leur souhait d'une victoire complète et leur espoir d'une reconnaissance
de la place du Saint-Siège dans la vie internationale.
L'assistance de France de la Compagnie de Jésus, du fait de l'exil
contraint de ses membres après 1901, constituait une sorte de famille ;
la guerre renforça sa cohésion et l'amour des jésuites pour leur ordre.
Le conflit eut des répercussions importantes sur les établissements et
missions de l'assistance de France et sur ses membres.
Les réalités de l'après-guerre, tant au plan national qu'international,
ne répondirent qu'imparfaitement aux attentes des jésuites.
32. Daniel Moulinet, Laïcat catholique et société française. Les comités catholiques (1870-1905), 2008, 592 p et un cd-rom.
À l'exemple des catholiques allemands et italiens réunis dans les
« Katholikentage » et dans l'« Opera dei congressi »,
des Français, formés à l'action caritative par la Société de Saint-Vincent-de-Paul,
se retrouvent, après 1870, au sein des Comités catholiques pour coordonner
les œuvres catholiques et la défense religieuse. L'action de ces notables,
quelque peu oubliée, voire méprisée par la suite, méritait d'être remise en lumière.
Bien qu'ayant connu des échecs sur le terrain politique,
sous « la République des républicains », elle a porté des fruits durables.
Ces hommes ont participé à l'essor des pèlerinages, des congrès eucharistiques
et de l'adoration du Saint-Sacrement. Ils ont participé à la fondation
de nombreuses écoles libres, du primaire à l'université, en passant par
l'enseignement spécialisé ; ils ont animé des patronages ;
ils ont défendu l'Église dans les journaux.
Mais c'est surtout dans le domaine social que leur charité s'est faite inventive.
Aucune des œuvres ouvrières de l'époque ne leur est demeurée étrangère ;
ils ont cherché comment, via les syndicats mixtes, adapter à leur siècle
les corporations médiévales ; ils ont lancé les syndicats agricoles
et les caisses rurales ainsi que des banques populaires mutualistes ;
tout en participant aux œuvres charitables de l'époque (y compris les logements
et les jardins ouvriers), certains ont voulu aller plus loin et aider les ouvriers
à prendre en main leur formation sociale.
Après avoir retracé l'histoire des Comités catholiques, ce livre brosse un portrait
type de ces catholiques engagés, autour de cinq grandes figures
(Charles Chesnelong, Émile Keller, Anatole de Caulaincourt, Charles Thellier de Poncheville,
Charles de Nicolay), avant de présenter un panorama de l'ensemble des œuvres catholiques,
grâce auxquelles, après les années d'affrontement, l'Église catholique
est apparue dans la société française, poussée moins par la recherche de domination que par la charité.
33. Anne Philibert, Lacordaire et Lamennais. La route de la Chênaie (1822-1832, 2009, 1134 p.
Lacordaire, né en 1802, restaurateur de l'ordre des Dominicains en France,
est une figure majeure de l'histoire du catholicisme du XIXe siècle.
Après son retour à la foi, il a croisé la route de Lamennais, l'auteur de
l'« Essai sur l'indifférence en matière de religion ».
Cet ouvrage retrace le cheminement du futur dominicain,
saisi dans sa rencontre avec le maître de la Chênaie. Après sa conversion,
Lacordaire se destine au sacerdoce. Prêtre en 1827, il se rallie à l'école mennaisienne en 1830,
au terme de six années de réflexion. La révolution de Juillet ouvre une nouvelle saison
dans la vie des deux prêtres. Lamennais fonde le journal « L'Avenir »,
dont les doctrines divisent les catholiques. La crise qui en résulte conduit
à la suspension du journal, en novembre 1831. Les « pèlerins de la liberté »
se rendent à Rome, espérant l'appui de Grégoire XVI. Sur place, ils ont des
perceptions très différentes de la conduite du Saint-Siège. Lamennais veut
reprendre « L'Avenir », sans attendre la décision du pape. Lacordaire
s'y oppose. Après la condamnation romaine, Lacordaire espère que son aîné sera un
nouveau Fénelon. Il le quitte en décembre 1832, meurtri par une année de lutte
entre sa « conscience » et le « génie » de Lamennais.
Cette histoire dramatique, aggravée par le départ ultérieur de l'abbé de l'Église,
marquera Lacordaire toute sa vie.
34. Matthieu Brejon de Lavergnée, La Société Saint-Vincent-de-Paul au XIXe siècle. Un fleuron du catholicisme social, 2008, 716 p.
On connaît Frédéric Ozanam depuis sa béatification par Jean-Paul II en 1997 et
les nombreux ouvrages qui lui ont été consacrés. Mais que sait-on vraiment de
l'œuvre qu'il a contribué à fonder ? La petite conférence de charité réunit
en 1833 une poignée d'étudiants du Quartier latin, catholiques et romantiques,
pour se soutenir dans la prière et visiter les pauvres à domicile. À la veille
de la Commune (1871), la Société de Saint-Vincent-de-Paul était devenue l'une
des principales œuvres du monde catholique. Elle compte aujourd'hui 700 000 membres
dans près de 150 pays.
Cet ouvrage éclaire les raisons de ce succès et entraîne le lecteur sur les voies
d'une histoire sociale du religieux. Il met en lumière, par une rigoureuse prosopographie,
les parcours types de plusieurs centaines de catholiques sociaux. Entre le dévot
du Grand Siècle et le bénévole associatif contemporain, il y eut un temps pour
l'homme d'œuvres, modèle d'engagement que la figure postérieure du militant a
injustement conduit à déconsidérer. L'auteur trace ainsi les contours de la « voie vincentienne »,
mystique active qui trouve le Christ dans la rencontre avec les pauvres et façonne
l'exercice d'un audacieux apostolat des laïcs. Il expose le tableau des œuvres
charitables, en particulier à Paris où taudis et indigents abondent, et leur
évolution sous l'effet de l'hausmannisation de la capitale sous le Second Empire.
Une interprétation anthropologique du « don charitable » peut enfin être tentée.
Il est une question, lancinante, qui traverse le livre : la charité n'est-elle pas
un moyen de refonder le lien social ? Figure de l'antimodernité, elle est
peut-être plus politique qu'il n'y paraît. Le débat n'est pas clos.
35. Marie-Céline Isaia, Remi de Reims. mémoire d'un saint, histoire d'une Église, 2010, 928 p.
Qui n'a jamais entendu parler de Clovis ? Le roi franc appartient à la culture
historique commune : la bataille de Tolbiac, le baptême reçu à Reims, la victoire
sur les Wisigoths à Vouillé (507) sont les jalons bien connus de la création du royaume
de Francie. Face à lui, la figure de son baptiste semble bien terne : Remi, évêque de Reims
(m. 533/535), est-il autre chose qu'un serviteur du roi mérovingien ? Cette enquête,
menée sur le temps long, apporte des réponses nuancées. Elle dessine d'abord le
portrait de Remi en représentant d'une petite élite gallo-romaine. Dès son décès
ensuite, elle suit la création du souvenir du saint évêque, qui mêle des considérations
religieuses et sociales : au VIe siècle, ses héritiers encouragent la célébration
d'un culte aristocratique tandis que l'évêque de Reims le promeut auprès d'un public
plus populaire. Jusqu'à la prise du pouvoir par les Pippinides, la dévotion à saint
Remi n'est pas le propre des rois mais des aristocrates qui font de l'évêque de Reims
leur père et patron.
La rédaction par l'archevêque Hincmar (845-882) d'une monumentale « Vie de saint Remi »
bouleverse cette dévotion rémigienne : le texte hagiographique sert désormais de
support à la diffusion d'un projet politique de monarchie contractuelle. Passé l'an Mil,
enfin, hagiographie et historiographie divorcent : le culte du saint évêque, toujours
vivace à Reims, reste conservateur et d'intérêt local, tandis que son histoire, propagée
dans le royaume entier dans une version figée qui donne au baptême de Clovis toute son
importance, ne sert plus qu'à justifier le droit des archevêques de Reims à sacrer les
rois de France. En suivant, du VIe au XIe siècle, la transmission
du souvenir de saint Remi et l'élaboration de sa légende écrite, cette étude propose une
réflexion sur la construction, puis la dissociation, d'une mémoire religieuse et
d'une histoire politique.
36. Vincent Petit, Catholiques et Comtois. Liturgie diocésaine et identité régionale au XIXe siècle , 2011, 720 pages.
En 1854, alors que plus des trois quarts des diocèses français ont d’ores et déjà
adopté la liturgie romaine, commence dans celui de Besançon, traditionnellement
tourné vers Rome, une longue et violente controverse publique qui oppose un groupe
de prêtres à Mgr Mathieu, prélat soucieux de son autorité et gallican modéré.
La polémique, à la fois historique et théologique, vise à contrecarrer l’attentisme
de l’archevêque et de promouvoir, par la base, l’adoption du rite romain.
Cette controverse cléricale est aussi une dispute publique, avec l’édition
de brochures et d’articles de presse. Autant que le symptôme de la
romanisation du catholicisme français, la querelle liturgique en est le vecteur,
comme déjà l’avait voulu dom Guéranger. À ce titre, elle pose la question de
l’identité catholique dans une société en voie de sécularisation.
Dans une province périphérique et un diocèse traditionnellement romain,
le projet intégraliste et intransigeant porté par les partisans du rite romain
induit donc une nouvelle formulation du rapport des diocèses et des églises nationales
à l’autorité pontificale, ce qui peut susciter des oppositions de type identitaire
ou politique. Dans un contexte plus général d’émergence du goût et de la méthode
historiques, la défense d’une liturgie propre au diocèse passe ainsi par une vaste
entreprise de recherches patrimoniales qui mobilise des prêtres érudits au service
de la définition d’une identité régionale.
— Disponible aux éditions Letouzey et Ané, 87, boulevard Raspail, 75006 Paris :
— Disponibles aux éditions Vrin, 6, place de la Sorbonne, 75005 Paris :