Thomas G. WALDMAN, Sigillum sancti Dionysii archiepiscopi : la fabrication d’une légende. —
Paul R. HYAMS, La joie de la liberté et le prix de la respectabilité : autour des chartes d’affranchissement anglaises et d’actes français analogues (v. 1160-1307). —
Michelle BUBENICEK, Noblesse, guerre et mémoire : la guerre en comté au temps d’Eudes IV, d’après une information de 1359 pour Jean de Bourgogne. —
Robert FAVREAU, L’enquête pontificale de 1373 sur l’ordre de l’Hôpital dans le grand prieuré d’Aquitaine. —
Jean-Pierre LE BOULER, Georges Bataille, le Moyen Âge et la chevalerie : de la thèse d’École des chartes (1922) au Procès de Gilles de Rais (1959). —
Mélanges :
Stéphanie AUBERT, Les Cronice ab origine mundi de Gonzalo de Hinojosa : du manuscrit d’auteur (début du XIVe siècle) à la traduction pour Charles V. —
Dominique STUTZMANN, Un deuxième fragment du poème historique de Froissart. —
Nicolas DE ARAUJO, Une traduction oubliée du Policraticus de Jean de Salisbury par François Eudes de Mézeray (1639). —
Laurent FERRI, Émile Zola et “ces Messieurs de l’École des chartes” dans l’affaire Dreyfus : documents inédits.
Thomas G. WALDMAN, « Sigillum sancti Dionysii archiepiscopi : la fabrication d’une légende », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 349-370.
À partir du milieu du XIe siècle, l’abbaye de Saint-Denis lutta pour affirmer son indépendance à l’égard de l’évêque de Paris. Cet effort s’appuya, entre autres, sur la fabrication de privilèges pontificaux et épiscopaux accordant à l’abbaye l’exemption de l’ordinaire, privilèges qui furent confirmés en 1065 par le roi Philippe Ier et le pape Alexandre II. Avant la fin du siècle, l’évêque commença de chercher à reconquérir ses droits sur le monastère, chacune des deux parties sollicitant l’appui de la papauté. C’est sur cette toile de fond qu’il faut comprendre la création du premier sceau de l’abbaye : représentant saint Denis en archevêque, il défiait directement les revendications de l’autorité épiscopale. La présente étude montre que ce sceau fut en usage dès 1114 au plus tard, et analyse les sources de l’image du saint comme celles de la légende. Le sceau est enfin placé dans le contexte plus large des querelles entre abbés et évêques, qui se sont prolongées fort avant dans le XIIe siècle. En annexe figure une liste des actes témoignant de l’usage du sceau abbatial jusqu’à la mort de l’abbé Suger.
From the mid-11th century on, the abbey of Saint-Denis attempted to assert its independence from the control of the bishop of Paris. This effort included, among other things, the forging of papal and episcopal privileges that granted the abbey exemption from episcopal control, and these privileges were confirmed by King Philip I and Pope Alexander II in 1065. By the end of the century, the bishop of Paris tried to regain his rights in the monastery, and both sides had recourse to the papacy. It is against this background that should be viewed the creation of the abbey’s first seal, where asserting that St. Denis was an archbishop directly challenged episcopal claims over the abbey. This study shows that the seal was used at Saint-Denis at least by 1114, and it describes the sources both for the image of the saint and the legend. It concludes by placing the seal in the context of the quarrel between abbots and bishops that lasted well into the 12th century. An appendix lists all references to the abbey seal up to the death of Abbot Suger.
Seit Mitte des 11. Jahrhunderts bemühte sich die Abtei von Saint-Denis um die Bestätigung ihrer Unabhängigkeit vom Bischof von Paris. Diese Bemühungen stützten sich unter anderem auf die Erlangung päpstlicher und bischöflicher Privilegien, die der Abtei die Unabhängigkeit von bischöflicher Kontrolle garantierte. König Philipp I. und Papst Alexander II. bestätigten diese Privilegien im Jahre 1065. Gegen Ende des 11. Jahrhunderts unternahm der Bischof von Paris Versuche, seine Rechte über das Kloster wiederzuerlangen. Beide Parteien warben in dieser Streitfrage um die Unterstützung des Papstes. Dieser Konflikt ist der Hintergrund, vor dem die Schaffung des ersten Siegels der Abtei gesehen werden kann: Dadurch, dass das Siegel Saint-Denis als Erzbischof darstellt, tritt es den Ambitionen der Pariser Bischöfe in entgegen. Unsere Studie zeigt, dass Siegel spätestens ab dem Jahr 1114 in Gebrauch war. Wir analysieren die Quellen der Darstellung des Heiligen und der Legende. Weiterhin wird das Siegel in den Kontext der Streitigkeiten zwischen Abtei und Bischof gestellt, die sich noch bis weit ins 12. Jahrhundert fortsetzen. Der Anhang beinhaltet eine Liste mit Urkunden, die den Gebrauch des Siegels bis zum Tode von Abt Suger dokumentieren.Paul R. HYAMS, « La joie de la liberté et le prix de la respectabilité : autour des chartes d’affranchissement anglaises et d’actes français analogues (v. 1160-1307) », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 371-389.
Le droit anglais a beaucoup emprunté aux coutumes de la France de l’Ouest, et les sources du droit de part et d’autre, quoique fort éloignées en apparence, sont plutôt complémentaires. Le présent article repose sur l’analyse de cent soixante-dix chartes d’affranchissement de toute l’Angleterre. Rédigées dans un style « français » quoique sans équivalent précis en France, elles révèlent la célébration ordinaire de rites pour la sortie de servage dans des formes évoquant celles qui sur le continent marquaient l’entrée dans une dépendance. Les actes anglais font intervenir un patron bienveillant, souvent un saint, comme tierce partie entre l’affranchi et son ancien seigneur pour garantir une liberté réelle, et ils rapportent les faits selon des formules que l’enseignement juridique des écoles tarda à traduire en un langage plus régulier. L’existence de ces « sainteurs » à la mode anglaise, soumis au chevage mais vivant clairement en hommes libres, n’est pas sans incidence sur les théories de la servitude en Europe développées à partir de Marc Bloch. Elle peut jeter un doute sur la pertinence de l’opposition binaire entre serf et esclave, appliquée aux formes de dépendance propres à l’Europe occidentale avant 1300. La fréquence des affranchissements, attestée par ces chartes, incite à reconsidérer l’histoire des vilains en Angleterre. Et le fait que certaines ne disent manifestement pas les faits tels qu’ils furent a aussi des conséquences plus générales pour l’étude des chartes sur les deux rives de la Manche.
English law draws much from the custom of Western France, and the medieval sources for the two laws, though so different in appearance, really complement each other. This paper springs from close reading of more than one hundred and seventy manumission charters from all over England. Drafted in a “French” style without direct parallels in France, they reveal routine ritual occasions of exit from servitude by means that resemble those used on the Continent for entry into dependency. The English acts interposed a benign, often saintly, patron in between freedmen and their former lords, to secure a real liberty, and recorded this in formulas that the legal learning of the schools took time to transform into more predictable language. These English “sainteurs” owing chevage, yet demonstrably functioning as freemen, have some relevance to theories of European servitude from Marc Bloch on. They may raise doubts as to whether the standard binary of serf and slave is usefully applied to dependency in Western Europe before c. 1300. The frequency of enfranchisement that can be argued from them suggests fresh approaches to received history of villeinage in England. And the fact that some of them can be shown to not mean what they say is of wider relevance to charter studies on both sides of the Channel.
Das englische Recht hat viele Anleihen aus dem westfranzösischen Gewohnheitsrecht vorgenommen. Die Rechtsquellen beider Regionen ergänzen sich, auch wenn sie in ihrer Erscheinungsform wenig gemein haben. Der vorliegende Artikel stützt sich auf die Analyse von siebzig Befreiungsbriefen aus ganz England. Obwohl es in Frankreich kein direktes Pendant zu ihnen gibt, sind sie in einem „französischen“ Stil abgefasst. Sie belegen eine Routine in den Ritualen zur Entlassung aus der Abhängigkeit, die auf dem Kontinent eher für den Eintritt in die Abhängigkeit stehen. Die englischen Dokumente sehen die Vermittlung eines gutwilligen Patrons (nicht selten ein Heiliger) zwischen dem Befreiten und seinem ehemaligen Lehnsherrn vor, um eine echte Freiheit zu garantieren, und sie beschreiben die Vorgänge in einer formelhaften Sprache, deren Übertragung in eine allgemein verständliche Sprache erst lange Zeit später Eingang in die juristische Tradition fand. Die Existenz dieser „sainteurs“, die, obwohl sie sie einer Abgabenpflicht unterworfen waren, gleichwohl frei lebten, war nicht ohne Einfluss auf die Lehnstheorie, die in Europa im Anschluss an Marc Bloch entwickelt wurde. Durch sie steht die Relevanz der binären Opposition zwischen abhängigem Knecht und Sklave für die in Westeuropa vor 1300 üblichen Abhängigkeitsverhältnisse in Frage. Die von unseren Dokumenten belegte Häufigkeit der Befreiungen legt eine Revision der Geschichte der Unfreien in England nahe. Auch der Umstand, dass manche der Urkunden ganz augenfällig die Dinge anders darstellt, als sie waren, hat größere Auswirkungen auf das Studium der Urkunden diesseits und jenseits des Ärmelkanals.
Michelle BUBENICEK, « Noblesse, guerre et mémoire : la guerre en comté au temps d’Eudes IV, d’après une information de 1359 pour Jean de Bourgogne », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 391-445.
En 1359, le duc-comte de Bourgogne Philippe de Rouvres, pour donner suite à la plainte de l’un de ses principaux vassaux comtois, son cousin Jean de Bourgogne, ordonnait une enquête ; à son tour, Jean de Bourgogne fit interroger de nombreux témoins. L’ensemble de ces « informations » forme un dossier exceptionnel, rigoureusement organisé et d’une extrême précision. Il permet de saisir tant les préoccupations de l’aristocratie d’outre-Saône que le quotidien perturbé des populations pendant la guerre qui opposa le duc-comte Eudes IV à une partie des nobles comtois. Le texte est ici intégralement publié, précédé d’une introduction critique qui présente le document, les circonstances de sa rédaction et ses principaux apports historiques, autour de trois perspectives : les comportements sociaux et politiques de la noblesse, les réalités de la guerre et la mémoire qu’en conservent les témoins.
In 1359, the duke-count of Burgundy, Philip of Rouvres, ordered an inquiry into a complaint made by one of his main vassals in the County of Burgundy, his cousin John of Burgundy ; at the same time, John himself had a large number of witnesses questioned. The complete investigation adds up to a unique dossier, carefully planned and unusually detailed. It sheds light both on the concerns of the aristocracy beyond the Saône and on the turmoil of everyday life as experienced by the people during the war between the duke-count Eudes IV and part of the Comtois nobility. This paper provides a full edition, together with a critical introduction describing the document and the circumstances under which it was compiled, and assessing its historical significance from three viewpoints : the social and political behaviour of the nobility, the realities of war, and their impact on the memories of witnesses.
Im Jahr 1359 ordnete der Herzog und Graf von Burgund, Philipp von Rouvres, eine Untersuchung an, um der Klage eines seiner wichtigsten Vassallen, seines Vetters Jean de Bourgogne, Folge zu leisten; Jean de Bourgogne ließ seinesteils zahlreiche Zeugen befragen. Die Gesamtheit dieser mit großer Präzision und gut strukturiert zusammengetragenen Informationen bildet ein außergewöhnliches Dossier. Es gewährt sowohl einen Einblick in die Sorgen des Adels jenseits der Saône als auch in den bewegten Alltag der Bevölkerung während des Krieges, den Herzog und Graf Eudes IV. gegen einen Teil des freigräflichen Adels führte. Der Text wird hier zur Gänze ediert. Vorangestellt ist eine kritische Einleitung zum Dokument, zu den Umständen seiner Abfassung und zu seiner Relevanz für die Historiographie unter drei Gesichtspunkten: Das soziale und politische Verhalten des Adels, die Realität des Krieges und die von den Zeugen bewahrte Erinnerung an diese Ereignisse.
Robert FAVREAU, « L’enquête pontificale de 1373 sur l’ordre de l’Hôpital dans le grand prieuré d’Aquitaine », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 447-538.
L’enquête ordonnée en 1373 par Grégoire XI sur l’état de l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem est conservée pour deux diocèses du grand prieuré d’Aquitaine, ceux d’Angers et de Saintes. Elle nous donne un tableau des commanderies hospitalières et de leurs dépendances, un état du personnel de ces maisons, un bilan des revenus et des charges de chaque commanderie, ainsi que des maisons dépendantes. Elle offre ainsi une synthèse du plus haut intérêt pour l’histoire des Hospitaliers, et des aperçus d’un intérêt exceptionnel sur les répercussions de la guerre dans les maisons de l’ordre, qui seront plus généralement utiles à l’histoire économique et sociale de ces régions. Les deux textes reproduits ici dans leur intégralité poursuivent la publication entreprise par le Centre national de la recherche scientifique, interrompue après la parution en 1987 d’un premier volume sur le prieuré de France.
In 1373 Pope Gregory XI ordered a survey of the situation of the Hospitaller Order of Saint John of Jerusalem, which is preserved for two dioceses of the Grand Priory of Aquitaine, those of Angers and Saintes. It provides a description of the Hospitaller commanderies and their dependences, an account of the number of people hosted, and an assessment of the incomes and expenses of each commandery and its dependent houses. It thus offers both synthetic information of great significance for the history of the Order, and unique insights into the impact of war on its houses, thus shedding new light on the broader economic and social history of the area. This paper offers the full text of both documents, following the general edition undertaken by the Centre national de la recherche scientifique and discontinued after the first volume (priory of France) was printed in 1987.
Die Untersuchung, die Gregor XI. 1373 zum Zustand des Johanniterordens anordnete, ist für zwei Diözesen des Amtes Aquitanien überliefert: Angers und Saintes. Sie liefert uns eine Schilderung der Kommandaturen und ihrer Dependancen, Informationen zum Personalstand in diesen Häusern, eine Bilanz der Einnahmen und Ausgaben jeder Kommandaturen und der abhängigen Häuser. Sie bietet uns somit eine hochinteressante Synthese zur Geschichte des Ordens sowie zu den Folgen des Krieges in den Häusern des Ordens, die nicht zuletzt für Wirtschafts- und Sozialgeschichte dieser Regionen von Nutzen sein kann. Die beiden hier zur Gänze abgedruckten Texten knüpfen an die Veröffentlichung eines 1987 im Rahmen des Centre national de la recherche scientifique erarbeiteten ersten (und vorerst letzten) Bandes zum Amt Frankreich an.
Jean-Pierre LE BOULER, « Georges Bataille, le Moyen Âge et la chevalerie : de la thèse d’École des chartes (1922) au Procès de Gilles de Rais (1959) », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 539-560.
Entré en 1918 à l’École des chartes, après avoir été « épris d’un Moyen Âge romantique » rencontré dans La chevalerie de Léon Gautier, Georges Bataille (1897-1962) a illustré dans plusieurs de ses écrits une tout autre vision historique. Il a consacré sa thèse d’École (1922, malheureusement non retrouvée) à L’ « Ordre de chevalerie », conte en vers du XIIIe siècle, puis publié une étude sur l’Apocalypse de Saint-Sever (1929), prononcé une conférence sur Hitler et l’ordre Teutonique (1939, perdue), s’est intéressé à la tradition chevaleresque arabe et au Sens de l’islam (1948, repris l’année suivante dans La part maudite), a longuement rendu compte de l’Histoire de la chevalerie de Gustave Cohen (1949) et enfin fait paraître Le procès de Gilles de Rais, précédé d’une introduction (1959). Avec une remarquable constance, il présente le Moyen Âge et la chevalerie comme indissolublement liés à la violence, voire à la barbarie, l’Église ayant tenté en vain de faire entrer dans les mœurs du temps la pratique des vertus chrétiennes.
Georges Bataille (1897-1962) enrolled at the École des chartes in 1918, after “falling in love with the romantic Middle Ages” he had discovered in Léon Gautier’s book La Chevalerie. Yet several of his later works reveal an utterly different historical perspective on the period. He first wrote his thesis at the École (1922, unlocated) on the Ordre de chevalerie, “a 13th-century verse tale”. Later, he published a study of The “Apocalypse” of Saint-Sever (1929), gave a lecture on Hitler and the Teutonic Order (1939, unlocated), showed interest in the knightly tradition of the Arabs and the Meaning of Islam (1948, included the following year in The Accursed Share), reviewed in detail Gustave Cohen’s Histoire de la chevalerie (1949) and, finally, published The Trial of Gilles de Rais with an introduction (1959). He constantly insisted that the Middle Ages and knighthood were intrinsically violent, even barbaric, and that the Church had sought in vain to introduce the practice of Christian virtues into the mores of the time.
1928 kam der durch die Lektüre von Léon Gautiers La chevalerie „vom romantischen Mittelalter begeisterte“ Georges Bataille (1897-1962) an die École des chartes. In manchen seiner Werke stellte Bataille freilich das Mittelalter in ein ganz anderes Licht. Seine Abschlussarbeit an der École (1922, leider unauffindbar) widmete er dem „Ordre de chevalerie“, Versepos des 13. Jahrhunderts, danach veröffentlichte er eine Studie über die Apokalypse von Saint-Sever (1929), hielt einen Vortrag über Hitler und der Deutschorden (1939, verloren), wendete sich der arabischen Rittertradition zu in Der Sinn des Islam (1949, wiederaufgenommen im Folgejahr in Der verwünschte Anteil), lieferte eine ausführliche Besprechung der Histoire de la chevalerie von Gustave Cohen (1949) und publizierte schließlich Gilles de Rais. Leben und Prozeß eines Kindermörders (frz. 1959), dem eine Einführung vorangestellt war. In all diesen Publikationen stellte Bataille das Mittelalter und das Rittertum dar als von Gewalt und sogar Barbarei geprägt; die Versuche der Kirche, christliche Tugenden in dieser Gesellschaft zu implementieren, bewertete er als wenig erfolgreich.
Stéphanie AUBERT, « Les Cronice ab origine mundi de Gonzalo de Hinojosa : du manuscrit d’auteur (début du XIVe siècle) à la traduction pour Charles V », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 561-571.
Gonzalo de Hinojosa († 1327), évêque de Burgos, proche du pouvoir royal qui lui confia plusieurs ambassades à Paris et Avignon, est l’auteur d’une chronique universelle en latin intitulée Cronice ab origine mundi. L’unique exemplaire connu (Bibl. de l’Escurial, P.I.IV) se révèle être un manuscrit d’auteur, important témoignage des méthodes de l’historien. Gonzalo s’est entouré d’une petite équipe de copistes et a corrigé et remanié son texte à plusieurs reprises. Il compile des sources choisies avec soin en une succession chronologique de tableaux du monde : la contemporanéité des faits et une exceptionnelle largeur d’horizon l’emportent chez lui sur les principes d’unité ou de hiérarchie, qui chez d’autres auteurs accordent une place centrale à l’Empire ou à l’Église. L’ouvrage a rencontre un intérêt au-delà des Pyrénées : le texte français des Chroniques de Burgos en est une traduction, commandée à Jean Golein pour le roi de France Charles V et qui a plus circulé que le texte latin. Pareil succès s’explique par la faveur de l’histoire universelle en France, mais aussi par la valeur littéraire de la traduction qui, quoique fidèle à l’original, en a harmonisé le style et équilibré le récit.
Gonzalo de Hinojosa († 1327), bishop of Burgos, a prelate with close ties to the royal government of Castile and entrusted with several diplomatic missions to Paris and Avignon, was the author of a universal chronicle in Latin, with the title Cronice ab origine mundi. The only extant copy (Bibl. Escorial, MS P.I.IV) can be proved to be an authorial manuscript, offering precious evidence of a mediaeval historian’s methods. Gonzalo gathered a small team of copyists and corrected and revised his text on several occasions. He compiled a number of carefully chosen sources into a chronological sequence of descriptions of world history : he was mainly interested in achieving a simultaneous account of events and an exceptional breadth of scope, whereas other historians followed common principles of unity or hierarchy, centred on Church or Empire. His work also attracted notice beyond the Pyrenees : the French text known as Chroniques de Burgos is in fact a translation of it, commissioned from Jean Golein for the king of France Charles V, and more widely circulated than the Latin text itself. This success resulted from the fact that universal history was highly esteemed in France, but also from the literary quality of the translation which, though true to the original, was written in a more harmonious style and gave a better-balanced account of events.
Gonzalo de Hinojosa († 1327), der als Bischof von Burgos der königlichen Macht nahe stand, was ihm die Botschafterstellen in Paris und Avignon einbrachte, ist der Autor in Latein verfassten Weltchronik Cronice ab origine mundi. Das einzige bekannte Exemplar dieser Chronik (Bibl. Escorial, P.I.IV) ist ein Autograph und somit ein bedeutendes Zeugnis für die Arbeitsweise des Chronisten. Gonzalo umgab sich mit einer kleinen Gruppe von Schreibern und korrigierte und veränderte selbst mehrfach den Text. Mit Sorgfalt kompilierte er ausgewählte Quellen in einer chronologischen Abfolge von Darstellungen der Welt: Die Gleichzeitigkeit der Fakten und die Weite des Darstellungshorizonts sind ihm wichtiger als die Prinzipien der Einheit und der Hierarchisierung, die andere Autoren dazu führen, dem Reich und der Kirche eine zentrale Bedeutung zuzuweisen. Das Werk stieß auch jenseits der Pyrenäen auf Interesse: Bei der französisch abgefassten Chroniques de Burgos handelt es sich um eine Übersetzung, die Jean Golein für den französischen König Karl V. anfertigte und die verbreiteter war als der lateinische Ausgangstext. Dieser Erfolg lässt sich einerseits mit der Beliebtheit der Universalgeschichte in Frankreich erklären, andererseits aber auch durch die literarische Qualität der Übersetzung, die zwar nahe am Original bleibt, jedoch den Stil glättet und die Erzählung insgesamt ausgewogener gestaltet.
Dominique STUTZMANN, « Un deuxième fragment du poème historique de Froissart », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 573-580.
En 1899, Léopold Delisle a édité un fragment d’une chronique métrique, dans laquelle Auguste Longnon et Alfred Coville ont proposé de voir la seule épave connue d’une œuvre de jeunesse de Jean Froissart. Récemment découvert à la Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz, un second fragment provenant du même manuscrit permet de confirmer cette identification : il contient vingt-quatre vers, où l’on peut reconnaître le récit de la mort d’Édouard de Beaujeu, maréchal de France, en 1352, dans une narration très proche de celle qui se retrouvera dans les Chroniques de Froissart. Des arguments tirés de l’histoire littéraire et de la codicologie (mise en pages à trois colonnes) incitent à penser que les deux fragments sont issus du manuscrit de dédicace offert par Froissart à la reine d’Angleterre, Philippa de Hainaut, en 1361.In 1899 Léopold Delisle published a fragment of a verse chronicle, which Auguste Longnon and Alfred Coville recognised as the only known remains of an early work by Jean Froissart. A second fragment from the same manuscript, recently discovered in the Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz, substantiates the attribution: it contains twenty-four lines, which can be identified as an account of the death of Edward of Beaujeu, marshal of France, in 1352, very similar in wording to the corresponding passage in Froissart’s later chronicle. Arguments based on literary history and codicological features (such as the three-column layout of the text) suggest that both fragments were part of the dedication copy presented by Froissart to the queen of England, Philippa of Hainault, in 1361.
1899 wurde ein Fragment einer Reimchronik von Léopold Delisle ediert, die Auguste Longnon und Alfred Coville mit einem sonst nicht belegten Frühwerk des Jean Froissarts gleichsetzten. Kürzlich wurde in der Staatsbibliothek zu Berlin-Preußischer Kulturbesitz ein zweites Fragment derselben Handschrift entdeckt, das diese Identifizierung bestätigt. Es enthält vierundzwanzig Verse, in denen sich die Erzählung vom Tode des Édouards de Beaujeu, Maréchal de France, im Jahre 1352 erkennen lässt. Die Formulierung ist derjenigen der Chronik Froissarts sehr ähnlich, und sowohl literaturgeschichtliche als auch kodikologische Argumente sprechen dafür, dass beide Fragmente aus dem Widmungsexemplar stammen, das Froissart 1361 der englischen Königin Philippa von Hennegau übergab.
Nicolas DE ARAUJO, « Une traduction oubliée du Policraticus de Jean de Salisbury par François Eudes de Mézeray (1639) », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 581-593.
En 1639 a paru à Paris, chez Toussaint Quinet, un ouvrage intitulé Les vanitez de la cour : c’était la traduction française des six premiers livres d’un traité bien connu dans l’histoire des idées politiques, le Policraticus de Jean de Salisbury (v. 1120-1180). Curieusement, cette traduction, citée dans divers ouvrages généraux depuis le Dictionnaire de Pierre Bayle (1697) jusqu’au XXe siècle, a pourtant été oubliée des spécialistes de Jean de Salisbury, sans doute en raison de la rareté des exemplaires, alors même qu’il manque toujours une version française du Policraticus. Le présent article décrit le livre, qui a connu trois éditions (1639, 1640 et 1647) et en localise seize exemplaires. Il confirme l’identification ancienne du traducteur avec l’historien François Eudes de Mézeray (1610-1683), précise ses rapports avec le dédicataire, le marquis d’Assérac, et examine les raisons susceptibles d’expliquer pourquoi la traduction est incomplète. Cette « redécouverte » a été possible grâce aux catalogues de bibliothèque désormais électroniques et collectifs : le progrès des techniques peut ainsi servir à retrouver des documents anciennement attestés mais perdus de vue, voire oubliés.
In 1639 the Parisian publisher Toussaint Quinet issued a work entitled Vanitez de la court : it was a French translation of the first six books of a treatise well known to historians of political ideas, the Policraticus of John of Salisbury (c. 1120-1180). Strangely enough, even though the translation is mentioned in a number of general works from Pierre Bayle’s Dictionnaire (1697) to the 20th century, and despite the current unavailability of a French version of the Policraticus, its existence has long been ignored by scholars dealing with John of Salisbury, probably due to the fact that hardly any copies seem to have survived. This article describes the book, which ran through three editions (1639, 1640 and 1647) and locates sixteen copies. It confirms the previous identification of the translator as the historian François Eudes de Mézeray (1610-83), specifies his relationship with the dedicatee, the Marquis d’Assérac, and examines the reasons likely to explain why his translation was incomplete. This “rediscovery” was made possible by the recent development of on-line union catalogues of libraries : technological progress thus provides new opportunities for locating documents mentioned by authors of the past but that had since disappeared from sight or even fallen into oblivion.
Im Jahre 1639 erschien bei Toussaint Quinet in Paris ein Werk mit dem Titel Les vanitez de la cour. Es handelte sich um die französische Übersetzung der sechs ersten Bücher des Policraticus, einer in der Ideengeschichte nicht unbekannten Abhandlung von Jean de Salisbury (ca. 1120-1180). Obwohl diese Übersetzung in diversen Universalwerken seit dem Dictionnaire von Pierre Bayle (1697) zitiert wird, wurde sie kurioser Weise bislang trotz des Fehlens einer französischen Ausgabe des Policraticus von der Salisburyforschung nicht zur Kenntnis genommen, was sicherlich der Seltenheit der zugänglichen Exemplare geschuldet ist. Der vorliegende Artikel beschreibt das Buch, von dem sechzehn Exemplare in drei Auflagen (1639, 1640 und 1647) lokalisiert werden können. Wir bestätigen die Identifizierung des Übersetzers mit dem Historiker François Eudes de Mézeray (1610-1683), präzisieren dessen Verbindungen zum Marquis von Assérac, dem das Buch gewidmet ist, und suchen nach Gründen dafür, dass die Übersetzung unvollständig ist. Möglich wurde diese Wiederentdeckung durch die neuen elektronischen Sammelkataloge der Bibliotheken – ein Beleg dafür, dass der technologische Fortschritt dem Wiederauffinden von Dokumenten dienen kann, die aus dem Blick gekommen oder vergessen waren.
Laurent FERRI, « Émile Zola et “ces Messieurs de l’École des chartes” dans l’affaire Dreyfus : documents inédits », dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 164, 2006, p. 595-603.
Le Centre des archives contemporaines (Archives nationales, à Fontainebleau) conserve quelques documents encore inédits concernant l’affaire Dreyfus (1894-1906). Les papiers de Fernand Labori, avocat de Zola, contiennent une liste de chartistes à solliciter comme témoins, dressée par les deux hommes en vue du procès de l’écrivain devant la cour d’assises. S’y ajoutent le brouillon d’une lettre de demande et les réponses adressées par sept archivistes paléographes en janvier 1898. Six donnèrent leur accord : Fernand Bournon, Arthur Giry, Louis Havet, Paul Meyer, et les frères Auguste et Émile Molinier ; un seul, Abel Lefranc, se récusa. Le dossier permet d’affiner la chronologie du procès et de mieux comprendre la stratégie mise en œuvre par Zola en invoquant le jugement des érudits. C’est aussi l’occasion de revenir sur la définition de certaines catégories, comme celles du savant (impartial) et de l’intellectuel (engagé), dont l’opposition mérite d’être nuancée.
The Centre des archives contemporaines (Archives nationales, Fontainebleau) holds a few unpublished documents concerning the Dreyfus case (1894-1906). The papers of Zola’s lawyer Fernand Labori comprise a list, drawn up by the two men, of chartistes that might be requested to testify on behalf of the writer at his trial before the criminal court of Paris. In addition, the file contains the draft of a letter of request and the replies Zola received from seven archivistes paléographes in January 1898. Six agreed to cooperate : Fernand Bournon, Arthur Giry, Louis Havet, Paul Meyer and the brothers Auguste and Émile Molinier ; only one, Abel Lefranc, declared himself incompetent. The documents provide a clearer view of the chronological sequence of events relating to the trial and shed further light on Zola’s strategic reasons for calling upon the judgment of scholars. They also make it possible to reconsider categories of thought such as objective “men of science” vs. engagé “intellectuals”, by showing that they should not be quite so directly contrasted.
Im Centre des archives contemporaines (Archives nationales, in Fontainebleau) lagern einige bislang unveröffentlichte Dokumente, die die Dreyfusaffäre (1894-1906) betreffen. In den Unterlagen von Fernand Labori, des Anwalts von Zola, befindet sich eine von ihm und Zola im Hinblick auf den anstehenden Prozess vor dem Schwurgericht erstellte Liste von Chartistes, die als Zeugen in Frage kommen. Ebenfalls befindet sich darin der Entwurf eines brieflichen Gesuchs sowie die Antworten von sieben Archivistes Paléographes aus dem Januar 1898. Sechs von ihnen erklärten sich einverstanden: Fernand Bournon, Arthur Giry, Louis Havet, Paul Meyer sowie die Gebrüder Auguste und Émile Molinier. Lediglich einer verweigerte sich : Abel Lefranc. Diese Unterlagen erlauben es uns, die Chronologie des Gerichtsverfahrens zu verfeinern, und die von Zola angewendete Strategie besser zu verstehen, die darin bestand, das Urteil der Gelehrten einzubeziehen. Bei dieser Gelegenheit erscheinen auch manche Definitionen in einem neuen Licht, wie zum Beispiel die des unparteiischen Gelehrten und die des engagierten Intellektuellen, deren Opposition nuanciert werden kann.