Des sources à l’œuvre : études d’histoire de l’art médiéval
Avant-propos, par Dany SANDRON. — Les traités médiévaux de peinture sur verre, par Karine BOULANGER. — La figure de l’architecte : à propos d’une inscription salernitaine de 1156, par Francesca DELL’ACQUA. — L’explicite et l’implicite dans les sources normatives de l’architecture mendiante, par Panayota VOLTI. — Les « paraphrases bibliques » moralisées : l’exemple du Livre de Job, par Laurence BRUGGER. — Art et liturgie : le flabellum et l’ostension de la patène dans le cérémonial de la messe, par Marie-Pasquine SUBES. — Le rôle de l’image sculptée dans les couvents féminins allemands à la fin du Moyen Âge, par Bruno BOERNER. — Une sculpture du XVe siècle et son contrat : le « Pas de l’ange » à la Trinité de Fécamp, par Jean-Marie GUILLOUËT. — Une famille d’artistes d’origine troyenne à Paris à la fin du XVe siècle : les Trubert, par Étienne HAMON. — Architectes et commande artistique en Normandie à la fin du Moyen Âge : l’église Saint-Ouen de Pont-Audemer d’après les archives municipales, par Florian MEUNIER. — Un chantier de décoration picturale à la fin du Moyen Âge : le pèlerinage de Dusenbach (1489-1492), par Philippe LORENTZ et Francis RAPP.
Karine BOULANGER, Les traités médiévaux de peinture sur verre, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 9-33.
L'examen de cinq traités de vitrail médiévaux, rédigés entre le XIIe et le XVe siècle, permet de distinguer deux familles : l'une correspond au traité de Théophile, repris par un moine de l'abbaye polonaise de Zagan, l'autre est illustrée par les textes d'Antoine de Pise, de Formica et du Kunstbuch de Nuremberg. Ces cinq écrits, outre leur plan rigoureux, présentent la particularité d'être fiables et de comporter des recettes et techniques dont la faisabilité peut être prouvée par l'expérimentation. Les similitudes existant entre ces documents rédigés dans un milieu conventuel ne doivent pourtant pas masquer des divergences qui transparaissent quant à la personnalité et aux compétences des auteurs, comme aux destinataires de ces œuvres.
Die Untersuchung von fünf mittelalterlichen Traktaten zur Glasmalerei (12.-15. Jh.) weist diese zwei unterschiedlichen Familien zu: Im Zentrum der einen steht der Traktat von Theophilus, der von einem Mönch der polnischen Abtei Zagan adaptiert wurde; die andere Tradition umfasst die Texte von Antonio da Pisa, von Formica sowie das Nürnberger "Kunstbuch". Diese fünf Schriften zeichnen sich durch einen stringenten Aufbau und eine hohe Verlässlichkeit in Rezepten und Techniken aus, deren Praktikabilität durch Experimente nachgewiesen werden kann. Die Ähnlichkeiten zwischen den einzelnen, im mönchischen Milieu entstandenen Texten verwischen nicht ihre Abweichungen, die der Persönlichkeit und den Kenntnissen der jeweiligen Autoren sowie den visierten Empfängern geschuldet sind.
The five mediaeval treatises on stained glass under examination were written from the 12th to the 15th century and may be divided into two families. One contains the treatise by Theophilus and a revised version of the same by a monk at Zagan abbey in Poland. The other comprises the works of Antonio da Pisa and Formica, and the Nuremberg Kunstbuch. All five texts are not only carefully planned but quite reliable, as may be demonstrated by experimenting the recipes and techniques they describe. Although they were all written in a monastic environment and have much in common, there are also important differences as to the personality and competence of the authors, as well as to the intended audience.
Francesca DELL'ACQUA, La figure de l'architecte : à propos d'une inscription salernitaine de 1156, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 35-50.
L'église abbatiale de San Pietro alle Marmi d'Eboli (province de Salerne), aujourd'hui très remaniée, conserve une inscription qui rappelle sa reconstruction en 1156, à l'initiative de l'abbé Giovanni, et aux soins d'un certain Bartolomeo. Les expressions employées pour célébrer les qualités de celui-ci (studiosus, docta manus, materiam superavit) font écho à de nombreuses autres inscriptions ; souvent issues de la poésie latine antique, elles sont en parfait accord avec les conceptions du travail de l'architecte et de l'artiste qui ont cours dès le Xe siècle et se trouvent sanctionnées par les théologiens des XIIe et XIIIe siècles. Peu apte à nous en dire plus sur le statut exact de Bartolomeo - peut-être après tout à la fois concepteur et exécutant -, l'inscription concorde bien par son raffinement avec les partis stylistiques subtils de l'édifice.
Die stark renovierte Abteikirche San Pietro alle Marmi d'Eboli (Prov. Salerno) trägt eine Inschrift zu Ehren ihres Wiederaufbaus im Jahre 1156, auf Betreiben des Abts Giovanni und unter der Leitung eines gewissen Bartolomeo. Die diesem zugeschriebenen Epitheta (studiosus, docta manus, materiam superavit) finden sich auch in zahlreichen anderen Inschriften und entstammen vielfach der antiken lateinischen Dichtung; sie spiegeln die im 10. Jahrhundert geläufigen Vorstellungen von der Tätigkeit eines Architekten und Handwerker-Künstlers wieder, die dann von den Theologen des 12. und 13. Jahrhunderts bestätigt wurden. Die Inschrift lehrt uns wenig über die genaue Rolle des Bartolomeo, der sehr gut Planung und Bauleitung in einer Hand vereinigt haben könnte; doch fügt sie sich in ihrer Ausgefeiltheit harmonisch zu den raffinierten architektonischen Elementen des Bauwerks.
The abbey church of San Pietro alle Marmi d'Eboli (in the province of Salerno), heavily modified in its present state, contains an inscription commemorating its reconstruction in 1156 on the initiative of Abbot Giovanni, by a certain Bartolomeo. The words used in praise of the latter's ability (studiosus, docta manus, materiam superavit) bring to mind the phrasing of many other inscriptions. It was often borrowed from classical Latin poetry, in perfect harmony with contemporary notions of the work of artists and architects, as first expressed in the 10th century and then sanctioned by 12th and 13th-century theologians. The inscription may not tell us much about the actual status of Bartolomeo (after all, he might have both planned and erected the church), but its sophistication well matches the subtle stylistic features of the edifice.
Panayota VOLTI, L'explicite et l'implicite dans les sources normatives de l'architecture mendiante, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 51-73.
Dès le XIIIe siècle et les premières fondations, l'identité spirituelle tout comme la structure interne des ordres mendiants ont infléchi de manière décisive le cadre édilitaire de la vie conventuelle. Celui-ci, régi par les textes officiels, était cependant façonné, dans la pratique, par des sources qui, sans revêtir un caractère juridique, nuançaient implicitement la normalisation de l'architecture. Ainsi, les écrits théoriques des érudits mendiants, l'iconographie véhiculant l'image officielle des ordres, les prescriptions relatives à la topographie conventuelle et à la conduite des chantiers, l'attitude à l'égard du décor offraient une trame latente, à la fois solide et adaptable qui, sous-tendue de la réalité évolutive des ordres, permettait d'allier avec bonheur le dépouillement à la fonctionnalité et à la sacralité des couvents.
Die spirituelle Identität und die innere Struktur der Bettelorden haben seit ihrer Gründung und über das 13. Jahrhundert hinweg die baulichen Muster des Konventslebens entscheidend verändert. Dabei waren weniger die einschlägigen offiziellen Texte massgebend als andere, nicht juristische Parameter, die implizit zur normativen Formgebung in der Architektur beitrugen: Die theoretischen Schriften der Ordensgelehrten; die Ikonographie, die ein offizielles Ordensbild vermittelte; die Vorschriften zur Topographie der Konvente und zur Bauregelung; die Haltung gegenüber allen Schmuckelementen; all dies waren Elemente, die eine sogleich sichere wie flexible unterschwellige Leitlinie für die architektonische Gestaltung der sich entwickelnden Ordensrealität boten, aus der heraus eine gelungene Synthese zwischen funktionaler Schmucklosigkeit und Sakralität der Ordensgebäude entstehen konnte.
From their earliest foundations in the 13th century, the spiritual identity and internal structure of the mendicant orders had a decisive influence on their convent buildings. These were governed by official regulations, but in practice they also drew on a number of non legal sources with implicit consequences on architectural norms. Thus, the theoretical writings of mendicant scholars, the iconography used to convey the official image of the orders, rules pertaining to the layout of convents and to the conduct of building works, and attitudes towards decoration altogether constituted a hidden pattern, both robust and flexible, a felicitous combination of simplicity, functionality, and sacredness, tuned to the changing reality of the orders.
Laurence BRUGGER, Les " paraphrases bibliques " moralisées : l'exemple du Livre de Job, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 75-96.
Les " Bibles moralisées " offrent un exceptionnel terrain d'étude aux rapports entre texte et image au Moyen Âge. Ces commandes royales, réalisées à Paris entre les années 1215 et les années 1235, offrent en effet plusieurs milliers de médaillons enluminés, où chaque image est mise en regard d'une paraphrase biblique et d'un commentaire allégorique. La succession serrée des compilations permet en outre de suivre à la trace aménagements, repentirs et relectures, sans oublier, pour plusieurs livres de la Bible, l'ultime interprétation donnée aux vitraux de la Sainte-Chapelle. L'analyse de cinq épisodes tirés du livre de Job autorise plusieurs conclusions, qui attendent d'être étendues à d'autres livres. Composées comme une Glose où l'image tiendrait la place du texte biblique et les commentaires celle des annotations, les compilations sont d'une qualité très inégale : l'image, particulièrement soignée, peut être conditionnée par la déformation d'un texte mal transmis ; les commentaires sont le fait d'exégètes de niveau moyen. Les compilations avaient à l'évidence des objectifs et des modes de lecture aussi variés que leur public était spécifique.
Die Gattung der " Bibles moralisées " bietet ein aussergewöhnliches Untersuchungsfeld für das Verhältnis zwischen Text und Bild im Mittelalter. Die Handschriften wurden auf königlichen Auftrag in Paris zwischen 1215 und 1235 ausgefertigt und enthalten mehrere Tausend ausgemalte Medaillons, die jeweils mit einer biblischen Paraphrase und einem allegorischen Kommentar versehen sind. Die dichte Abfolge der verschiedenen Kompilationen zeigt Veränderungen, Adaptationen, Verbesserungen, Neuinterpretationen, bis hin - wenigstens für einige Bücher der Bibel - zur endgültigen Lesart in den Glasfenstern der Sainte-Chapelle. Die Analyse von fünf Episoden aus dem Buch Hiob erlaubt einige Folgerungen, die auf andere Bücher ausgedehnt werden müssten. Die Kompilationen sind wie Glossenwerke gestaltet, in denen das Bild die Rolle des biblischen Textes übernimmt, die Kommentare analog jene der Glossen. Ihre Durchführung ist von sehr unterschiedlicher Qualität: Das sorgfältig ausgeführte Bild kann durch einen schlecht überlieferten Text in Mitleidenschaft gezogen werden; die Kommentare stammen von Exegeten mittlere Güte. Die Kompilationen verfolgten sehr unterschiedliche Ziele und erlaubten ebenso unterschiedliche Deutungen, hatten aber gleichwohl stets ein präzises Publikum im Blick.
The "Bibles moralisées" are an extraordinary sample of medieval text-image relationships. Commissioned by royalty between ca. 1215 and 1235, they contain thousands of illuminated medallions, with each image placed opposite a biblical paraphrase and an allegorical commentary. The different compilations produced in rapid succession illustrate consecutive developments, alterations and reconsiderations, including the ultimate interpretation of several books of the Bible in the Sainte-Chapelle stained glass windows. The present analysis of five episodes from the book of Job leads to a few conclusions that might eventually be extended to other books. Conceived as a gloss, with the image in place of the biblical text and the commentary in place of annotations, the compilations vary widely in quality. The images, though painted with the utmost care, sometimes depend on corrupt texts, and the commentary is the work of unoriginal exegetes. The manuscripts were obviously designed according to purposes and modes of reading as diverse as their intended audience was specific.
Marie-Pasquine SUBES, Art et liturgie : le flabellum et l'ostension de la patène dans le cérémonial de la messe, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 97-118.
L'iconographie de la messe au Moyen Âge, telle qu'elle apparaît dans la peinture des XIIIe et XIVe siècles, avec les enluminures de manuscrits hagiographiques (Vie de saint Denis) ou de livres liturgiques, doit être confrontée aux sources écrites de même type qui détaillent les différents moments de la célébration. L'exploitation du livre IV du Rational des divins offices de Guillaume Durand de Mende, écrit à la fin du XIIIe siècle, est à cet égard particulièrement fructueuse : on y trouve non seulement l'explication des attitudes du célébrant et des ministres pendant la messe, mais aussi celle de l'utilisation des objets du culte eucharistique dont la signification allégorique est précisée. L'usage du flabellum apparaît ainsi lié à l'ensevelissement du Christ évoqué dans le canon, et l'ostension de la patène durant cette partie de la messe doit être rapportée à la mise au tombeau et à la résurrection, tout comme le calice voilé par le corporal qui est posé sur l'autel.
Die Ikonographie der Messe im Mittelalter, die in der Malerei des 13. und 14. Jahrhunderts zutagetritt - sowohl in Buchmalereien hagiographischer Handschriften (Vie de saint Denis) wie in liturgischen Büchern - kann mit analogen schriftlichen Quellen verglichen werden, die verschiedene Momente der Zeremonie erklären. Als ergiebig erweist sich dafür das Buch IV des Rational des divins offices von Guillaume Durand de Mende vom Ende des 13. Jahrhunderts: Es beschreibt sowohl die Haltung des Priesters und der Messdiener während der Messe als auch den Einsatz der Kultgegenstände in der Eucharistie, deren allegorische Bedeutung präzisiert wird. Die Verwendung des Flabellum wird mit der im Kanon evozierten Einwicklung Jesu in die Grabtücher verknüpft, die Zurschaustellung der Patene in der Wandlung sowie der mit dem Korporale bedeckte Kelch mit der Grablegung und der Wiederauferstehung.
The medieval iconography of the Mass illustrated in 13th and 14th-century painting, such as illuminations in hagiographical manuscripts (Life of St. Denis) or liturgical books, should be compared with analogous textual sources describing the various parts of the ceremony. Book IV of the Rational des divins offices, written by Guillaume Durand of Mende at the end of the 13th century, is particularly enlightening from that point of view. It explains not only the postures of the celebrant and ministers during Mass, but also the handling of objects pertaining to the Eucharistic celebration, together with their allegorical meanings. The use of the flabellum thus appears to relate to the Entombment of Christ mentioned in the Canon, and the ostension of the paten during the same part of Mass evokes both the Entombment and the Resurrection, as does the chalice, set upon the altar and covered by the corporal.
Bruno BOERNER, Le rôle de l'image sculptée dans les couvents féminins allemands à la fin du Moyen Âge, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 119-131.
Les célèbres récits de visions de la cistercienne Gertrude d'Helfta montrent clairement la place des images dans les pratiques de piété des moniales. Le croisement entre des sculptures, dont l'origine précise est souvent délicate à établir, et des biographies provenant de couvents de dominicaines du sud-ouest de l'Allemagne, comme Adelhausen ou Katharinental, est un outil précieux dans l'enquête sur l'usage des images. Influencées par le modèle cistercien, les sœurs recherchaient l'expérience de la présence de Dieu. Les récits abondent, où la moniale en prière devant le crucifix entend les exhortations du Christ, qui peut l'étreindre d'un bras détaché de la croix. Ce contexte permet d'expliquer la présence dans les couvents de groupes sculptés représentant saint Jean reposant la tête sur le Christ : ils devaient être un moyen de percevoir sensiblement le statut d'épouse du Christ assigné aux moniales.
Die berühmten Visionsberichte der Zisterzienserin Gertrude von Helfta zeigen deutlich den Stellenwert der Bilder in den Frömmigkeitspraktiken der Nonnen. Die Verbindung zwischen Skulpturen - deren präziser Ursprung oft schwierig zu identifizieren ist - und Biographien zu Dominikanerinnenklöstern aus Südwestdeutschland - etwa Adelhausen oder Katharinental - schafft ein wertvolles Instrument in der Erforschung der Verwendung von Bildern. Von dem zisterziensischen Modell geprägt strebten die Ordensschwestern nach der Erfahrung der göttlichen Gegenwart. Eine Flut von Berichten erzählt wie die vor dem Kruzifix betende Nonne die Ermahnungen Christi hört, der sie manchmal dabei mit dem vom Kreuz gelösten Arm umgreift. Dieser Zusammenhang erklärt, dass in den Klöstern Skulpturgruppen aufgestellt wurden, die den Heiligen Johannes zeigen, wie er den Kopf Jesu niederlegt: Diese waren zweifellos ein Mittel, um den Status einer Angetrauten Christi plastisch erkennbar zu machen.
The well-known accounts of visions by the Cistercian nun Gertrud of Helfta clearly illustrate the importance of images in the devotional life of women religious. By putting together extant sculptures, often of insufficiently established origin, and a number of biographies from Dominican convents in southwest Germany, such as Adelhausen or Katharinental, one can gain precious historical insight into the use of images. Under Cistercian influence, the nuns sought a personal experience of God's presence: there are many tales of a sister in prayer before the Crucifix hearing exhortations from Christ, and sometimes being embraced by his arm, detached from the cross. This context helps explain why convents possessed sculpted groups of St. John resting his head on Christ: they were probably a means of physically perceiving the position assigned to nuns as spouses of Christ.
Jean-Marie GUILLOUËT, Une sculpture du XVe siècle et son contrat : le " Pas de l'ange " à la Trinité de Fécamp, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 133-161.
Le 12 octobre 1420, les moines de l'abbaye bénédictine de la Trinité de Fécamp passèrent contrat avec l'architecte Alexandre de Berneval pour la réalisation d'un édicule sculpté destiné à abriter l'une des reliques les plus vénérables de l'institution. L'analyse du document, édité en annexe, permet de révéler les rouages et le fonctionnement précis de la commande ainsi que la nature des rapports liant les contractants. Elle conduit en outre à évoquer les enjeux liés au souvenir de la consécration miraculeuse de l'édifice en 941, sous le principat du duc Guillaume Longue-Epée, à la frontière de l'histoire et de la légende. Le contexte historique difficile du XVe siècle normand paraît avoir joué un rôle important dans les arbitrages des commanditaires, peut-être l'abbé Estod d'Estouteville, sûrement pas son successeur Gilles de Duremont, et peut contribuer à éclairer la genèse de la sculpture.
Am 12. Oktober 1420 unterzeichneten die Mönche der Benediktinerabtei der Dreifaltigkeit in Fécamp einen Vertrag mit dem Architekten Alexandre de Berneval über die Skulptur eines Miniaturgebäudes zur Aufbewahrung einer der verehrenswürdigsten Reliquien des Klosters. Die Analyse des im Anhang edierten Dokuments erlaubt es, die präzisen Bestandteile des Auftrags und deren geplante Inkraftsetzung sowie das Verhältnis zwischen den Vertragspartnern nachzuweisen. Sie erhellt auch die Bedeutung der Erinnerungspflege der wundersamen Weihe des Gebäudes im Jahre 941 unter der Herrschaft des Herzogs Guillaume Longue-Epée, die sich an der Grenze zwischen Geschichte und Legende befindet. Der schwierige historische Kontext im normannischen 15. Jahrhundert scheint eine wichtige Rolle bei den folgenden Schiedssprüchen der Auftraggeber gespielt zu haben - vielleicht der Abt Estod d'Estouteville, sicher nicht sein Nachfolger Gilles de Duremont -, die ihrerseits Hinweise auf die Entstehung der Skulptur geben.
On 12 October 1420, the monks of the Benedictine abbey of the Holy Trinity at Fécamp agreed with the architect Alexandre de Berneval on the construction of a sculptured edicule to house one of their most treasured relics. Close scrutiny of this document, edited as an appendix, sheds light on the devices and procedures implied in the commission, as well as on the nature of the relationship between the contracting parties. It also leads to consider issues relating to the memory, bordering on legend, of the miraculous consecration of the building in 941, in the reign of Duke William Longsword. The challenging historical context of 15th-century Normandy seems to have weighed heavily on the choices made by the patrons (possibly Abbot Estod d'Estouteville, but definitely not his successor, Gilles de Duremont), and may help understand how the sculpture came into being.
Étienne HAMON, Une famille d'artistes d'origine troyenne à Paris à la fin du XVe siècle : les Trubert, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 163-189.
En 1977, Nicole Reynaud mit un nom sur l'œuvre de l'un des enlumineurs français les plus originaux de la fin du XVe siècle : Georges Trubert, actif vers 1467-1500 en Val-de-Loire, Provence et Lorraine. Des documents inédits ou méconnus viennent confirmer son origine troyenne (il est fils de Perrin, peintre et imagier actif en 1439-1462) et la date de son décès, 1508. Ils révèlent surtout que Georges avait pour frères trois artistes parisiens de premier plan des années 1460-1490 : le facteur d'orgues Guyot, actif pour René II de Lorraine en 1493 ; François, principal sculpteur des stalles de la cathédrale de Rouen en 1461-1463, dont l'imagier Jean Soulas reprit l'atelier dans les années 1500 ; enfin Oudart, premier graveur sur cuivre français identifié, en 1474, plus tard peintre et imagier comptant parmi ses clients Charles de Chaumont d'Amboise et Louis Malet de Graville. En attendant l'identification de leurs œuvres, c'est tout un pan de la production parisienne des arts figurés à la fin du Moyen Âge qui resurgit, révélant au passage que la mobilité des artistes pouvait contribuer à assurer la continuité de l'activité des grands ateliers urbains.
Einer der originellsten französischen Buchmaler des ausgehenden 15. Jahrhunderts wurde 1977 von Nicole Reynaud identifiziert: Es handelt sich um das Werk von Georges Trubert, der gegen 1467-1500 im Val-de-Loire, in der Provence und in Lothringen tätig war. Weitere unedierte oder unbekannte Dokumente bestätigen seine Herkunft aus Troyes (als Sohn von Perrin, Maler und plastischer Künstler, der zwischen 1439 und 1462 arbeitete) und sein Todesdatum 1508. Sie zeigen vor allem, dass Georges drei, zwischen 1460 und 1490 tätige Pariser Künstler ersten Ranges zu Brüdern hatte: Den Orgelbauer Guyot, der 1493 für René II von Lothringen arbeitete; François, der wichtigste Holzschnitzer des Chorgestühls der Kathedrale von Rouen 1461-1463, dessen Werkstätte der plastische Künstler Jean Soulas kurz nach 1500 übernahm; schliesslich Oudart, der erste, für 1474 identifizierte französische Kupferstecher, später Maler und plastischer Künstler mit Auftraggebern wie Charles de Chaumont d'Amboise und Louis Malet de Graville. Auch schon ohne die Identifizierung ihrer einzelnen Werke entsteht hier eine wichtige Facette der wieder aufblühenden Pariser Produktion der plastischen Kunst im ausgehenden Mittelalter; es zeigt sich zugleich, wie die Mobilität der Künstler einen Beitrag zur Kontinuität der grossen städtischen Werkstätten leistete.
In 1977, Nicole Reynaud put a name on one of the most original French illuminators of the late 15th century: Georges Trubert, active ca. 1467-1500 in the Val-de-Loire, Provence and Lorraine. Several unpublished or unexploited documents now confirm that he was from Troyes (the son of Perrin, painter and "imagier", active 1439-62), and died in 1508. They also reveal that Georges had three brothers, all prominent Parisian artists in the 1460s to 1490s: Guyot, an organ builder active in the service of René II of Lorraine in 1493; François, chief sculptor of the stalls of Rouen Cathedral in 1461-63, whose workshop was taken over ca. 1500 by the "imagier" Jean Soulas; and Oudart, the first identified French copper engraver (1474), later a painter and "imagier", whose patrons included Charles de Chaumont d'Amboise and Louis Malet de Graville. Although their work still awaits identification, a significant part of the figurative arts in Paris is thus brought back to life, also showing how travelling artists might contribute to maintaining the activity of major city workshops.
Florian MEUNIER, Architectes et commande artistique en Normandie à la fin du Moyen Âge : l'église Saint-Ouen de Pont-Audemer d'après les archives municipales, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 191-216.
Les comptes d'octroi de la ville normande de Pont-Audemer à la fin du XVe et au début du XVIe siècle révèlent les noms d'architectes célèbres ou méconnus qui en conçurent et bâtirent l'église flamboyante à partir de 1486. Les passages à Pont-Audemer de Jacques et Roullant Le Roux, architectes de la cathédrale de Rouen, et de Thomas Theroulde, architecte de Notre-Dame de Caudebec-en-Caux, accréditent l'hypothèse d'une influence de ces maîtres sur les projets successifs de l'église. Défini à l'origine par des maîtres maçons anonymes, le projet de la façade et de la nef avait été exécuté et peut-être amendé par Michel Gohier à partir de 1490 ; occupé à Notre-Dame de Montfort-sur-Risle, celui-ci semble avoir été très vite remplacé par son adjoint Jean Guillaumit. Si l'on met à part les mentions de pierres de Caen et de Montfort-sur-Risle, les comptes municipaux montrent à quel point l'église de Pont-Audemer est redevable aux financiers comme aux artistes de Rouen.
Die Ausgabenbücher der normannischen Stadt Pont-Audemer vom ausgehenden 15. und beginnenden 16. Jahrhundert liefern die Namen berühmter und unbekannter Architekten, die von 1486 an die ansässige Kirche in Flamboyant-Stil planten und bauten. Der kurzzeitige Aufenthalt in der Stadt von Jacques und Roullant Le Roux, Architekten der Kathedrale von Rouen, und von Thomas Theroulde, Architekt von Notre-Dame de Caudebec-en-Caux, unterstützen die Hypothese, dass diese Meister die Weiterführung der Bauprojekte beeinflussten. Das zunächst von unbekannten Steinmetzmeistern geplante Projekt der Fassade und des Hauptschiffs wurde ab 1490 von Michel Gohier umgesetzt und vielleicht adaptiert; selbst in Notre-Dame de Montfort-sur-Risle beschäftigt, wurde dieser sehr bald durch seinen Stellvertreter Jean Guillaumit ersetzt. Einmal abgesehen von der Erwähnung von Steinen aus Caen und Montfort-sur-Risle zeigen die städtischen Bücher, wie sehr die Kirche von Pont-Audemer den Finanzherren und Kunstschaffenden der Stadt Rouen verpflichtet ist.
The customs duty accounts of Pont-Audemer in Normandy in the late 15th and early 16th centuries reveal the names of a few architects, some famous and others unknown, who planned and erected the flamboyant gothic church there from 1486. Considering Jacques and Roullant Le Roux, the architects of Rouen Cathedral, and Thomas Theroulde, architect of Notre-Dame of Caudebec-en-Caux, passed through Pont-Audemer, it is all the more plausible that they had some influence on the successive projects for the church. Originally drawn up by anonymous master masons, the project for the west front and nave was executed and maybe altered by Michel Gohier from 1490. Later on, it seems he was detained by his work on the church of Notre-Dame at Montfort-sur-Risle and replaced by his assistant, Jean Guillaumit. Apart from references to stones from Caen and Montfort-sur-Risle, the municipal accounts also testify to the crucial part played by financiers and artists from Rouen in building the church of Pont-Audemer.
Philippe LORENTZ et Francis RAPP, Un chantier de décoration picturale à la fin du Moyen Âge : le pèlerinage de Dusenbach (1489-1492), dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 162, 2004, p. 217-230.
Dusenbach, petite localité alsacienne à proximité de Ribeauvillé, accueillait l'un des nombreux pèlerinages locaux attestés dans la région à la fin du Moyen Âge. D'importance moyenne, il est exceptionnel par une riche documentation d'archives, due entre autres à la méticuleuse gestion de Maximin de Ribeaupierre, de 1483 à 1517. L'un des fleurons du fonds est le compte des travaux d'embellissement de l'église Notre-Dame, entrepris à l'instigation de Maximin. Une partie, ici éditée et commentée, y est consacrée aux travaux de peinture (décoration intérieure et réalisation de deux retables), qui absorbent une part notable des recettes. Les renseignements y abondent sur le recrutement des trois peintres, leurs conditions de travail, leurs instruments et les matériaux utilisés.
Dusenbach, eine kleine elsässische Gemeinde bei Ribeauvillé, beherbergte eines der zahlreichen lokalen Pilgerziele, die gegen Ende des Mittelalters in der Region bezeugt sind. Obzwar von mittlerer Bedeutung kennt es eine aussergewöhnlich reiche Archivdokumentation, die unter anderem der minutiösen Verwaltung von Maximin de Ribeaupierre zwischen 1483 und 1517 geschuldet ist. Ein Glanzstück des Bestands ist das Rechnungsbuch der Verschönerungsarbeiten an der Kirche Notre-Dame, die auf die Initiative von Maximin zurückgeht. Ein hier edierter und kommentierter Abschnitt ist den Malereiarbeiten gewidmet (Innendekoration und zwei Altarbilder), die einen grösseren Anteil der Einnahmen verschlingen. Eine grosse Zahl von Hinweisen bezeugen die Anstellung von drei Malern, ihre Arbeitsbedingungen, ihre Werkzeuge und die verwendeten Materialien.
Dusenbach, a small locality near Ribeauvillé in Alsace, is one of the many local pilgrimage sites known to have existed in that region in the late Middle Ages. Though of no great importance at the time, it is exceptionally well documented, partly thanks to the meticulous records kept by Maximin de Ribeaupierre from 1483 to 1517. One jewel of the archive is the account book concerning the embellishment of the church of Notre-Dame, an initiative of Maximin's. A specific section, transcribed and analysed in this article, deals with painting (interior decoration and two altarpieces), on which a large part of the income was spent. Much information is provided on the hiring of the three painters, their working conditions, their tools and the materials they used.