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École nationale des chartes

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Résumés du tome 160, fascicule 2, 2002

Du panégyrique à l’histoire : l’archiviste Michel de Bernis, chroniqueur des comtes de Foix (1445) par Hélène BIU.

Exportations de la diplomatique, I, Mondes anciens

Avant-propos, par Olivier GUYOTJEANNIN. — Esquisse d’une diplomatique des documents mésopotamiens, par Dominique CHARPIN. — Une mémoire fragile et fragmentaire : les archives du monde romain, par Manuel ROYO. — L’évolution méthodologique de la diplomatique médiévale en Europe centrale, par Anna ADAMSKA. — La diplomatique du Japon médiéval : un regard croisé, par Shigekazu KONDO et Setsuo WATANABE.

La vie politique dans les villes protestantes après l’édit de Nantes (1598-1629)

Avant-propos, par Yves-Marie BERCÉ. — Montpellier, ville de sûreté protestante (1598-1629), par Valérie LAFAGE. — Le fonctionnement des institutions locales à Alès entre 1598 et 1629, par Rachel AUPETITGENDRE-LE THUAUT. — Le foudre de guerre et les fanfarons aux parchemins : le duc d’Épernon, bourreau des villes protestantes (1616-1629), par Valérie LARCADE. — Un tableau en demi-teintes : l’équilibre confessionnel en Aquitaine au lendemain de l’édit de Nantes, par Gregory HANLON.

Mélanges :
Sept textes pour une fondation : les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs réécritures, par Kathleen THOMPSON.


Hélène BIU, Du panégyrique à l’histoire : l’archiviste Michel de Bernis, chroniqueur des comtes de Foix (1445), dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 385-473.

En 1445, l’archiviste Michel de Bernis, chargé de dresser un nouvel inventaire des titres de la maison de Foix, rédige en langue d’oc une chronique, en partie rimée, à la gloire des comtes et l’insère en tête de son inventaire. Pour composer cette œuvre, il a utilisé une épître, aujourd’hui perdue, qu’Honorat Bovet, plus connu pour son Arbre des batailles, avait dédiée avant 1391 à Gaston Fébus, mais il s’est aussi appuyé sur des documents d’archives et sur des souvenirs personnels. Il en résulte une œuvre originale, au caractère protéiforme, qui, tout en empruntant aux chansons de geste, aux romans et aux biographies troubadouresques, n’en constitue pas moins une source historique de premier ordre pour l’histoire du comté de Foix aux XIVe et XVe siècles.

Im Jahre 1445 verfasste der Archivar Michel de Bernis parallel zu einem Urkundeninventar für das Haus Foix eine z. T. gereimte, okzitanische Chronik zu Ehren der Grafen und stellte diese seinem Inventar voran. Als Quellen dienten ihm Archivalien, persönliche Erinnerungen sowie eine heute verlorene Epistel, die der Autor des Arbre des batailles, Honorat Bovet, 1391 Gaston Fébus gewidmet hatte. Ungeachtet seiner Anleihen bei Chansons de geste, Romanen und Trobadorvidas bildet diese komposite und originelle Chronik eine historische Quelle ersten Ranges für die Geschichte der Grafschaft Foix im 14. und in der ersten Hälfte des 15. Jahrhunderts.

In 1445, Michel de Bernis, an archivist commissioned to compile a new inventory of the documents of the House of Foix, wrote, in Occitan and partly in ryhme, a chronicle in praise of the counts, and he added it in front of the inventory. This work is based in parts on an epistle, now lost, dedicated to Gaston Fébus at an unknown date before 1391 by Honorat Bovet, best remembered as the author of L’Arbre des batailles; yet it also relies on archival material and the author’s own memories. This combination resulted in an original work with multiple aspects. While borrowing from such literature as chansons de geste, romance and troubadours’ biographies, it is also a first rate historical source for the history of the county of Foix during the 14th and 15th centuries.

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Dominique CHARPIN, Esquisse d’une diplomatique des documents mésopotamiens, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 487-511.

L’étude diplomatique des documents de la Mésopotamie antique n’a pendant longtemps guère été pratiquée et, lorsque c’est le cas, l’assyriologue se comporte souvent en amateur. La présente étude analyse d’abord les caractères externes des documents, soulignant comment l’emploi très majoritaire de l’argile comme support de l’écriture cunéiforme est à l’origine de nombreuses particularités ; cette situation explique notamment les difficultés des études paléographiques et sigillographiques. L’étude des caractères internes révèle d’abord que la langue écrite fut souvent une langue savante et non pas la langue parlée au même moment. On considère ensuite les conditions de l’élaboration des documents, en mettant l’accent sur le statut et la formation des scribes. L’étude de la transmission des textes conduit à présenter les caractéristiques de la constitution, de la conservation et de la destruction des fonds d’archives mésopotamiens, du IIIe au Ier millénaire av. J.-C. Quelques exemples montrent en quoi l’approche diplomatique des documents a permis de faire progresser les recherches en assyriologie.

Das diplomatische Studium der altmesopotamischen Quellen verfügt nicht über eine ausgebildete Tradition und wird in der Assyrologie nur unsystematisch betrieben. Der vorliegende Ansatz bemüht sich demgegenüber um eine Strukturierung der externen und internen Charakteristika der Texte sowie der Eigenarten ihres Entstehungskontextes und ihrer Überlieferung. Vom externen Standpunkt her gesehen ist der dominante Einsatz von Tonträgern für die Keilschrifttexte hervorzuheben, aus dem sich die besonderen paläographischen und sigillographischen Schwierigkeiten ergeben. Intern zeigt sich vor allem eine deutliche Diskrepanz zwischen der elaborierten Sprachform der Texte und der dahinter erkennbaren Umgangssprache. Bei den Entstehungsbedingungen sind der Status und die Ausbildung der Schreiber herauszustellen. Die Überlieferungsgeschichte dieser Quellen schließlich zeigt zwischen dem 3. und dem 1. vorchristlichen Jahrtausend die drei Phasen der Konstituierung, der Bewahrung und der Zerstörung der Archivbestände. Konkrete Beispiele sollen beleuchten, inwieweit die diplomatische Auswertung der Texte einen Forschungsfortschritt in der Assyrologie bewirken konnte.

It was a long time before ancient Mesopotamian documents became the object of diplomatic study. And even then, the work of Assyriologists has often proved amateurish. This article first analyses the external features of the documents, emphasising that the use of clay for cuneiform writing was the cause of many peculiarities: for one thing, this situation explains certain difficulties experienced by the palaeographer and sigillographer. As to internal features, it can be shown that the written language often reflected a literate norm rather than any contemporary idiom. The conditions under which the documents were created are considered next, in particular the status and training of scribes. In order to understand how the texts have come down to us, it is also necessary to survey how Mesopotamian archives were built up, preserved and then destroyed, from the third to the first millennium B.C. Finally, a few case studies illustrate how the diplomatic approach to documents has contributed to the advance of Assyriological research.

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Manuel ROYO, Une mémoire fragile et fragmentaire : les archives du monde romain, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 513-521.

Contrairement à une idée largement répandue, les Romains de la République et du Haut Empire disposaient bien d’archives dans la plupart des domaines d’activité de l’État. L’enquête entreprise par Claude Nicolet au début des années 1990 et depuis poursuivie vise à retrouver, sinon le contenu des documents, pour la plupart détruits, du moins la structure de fonds qui concernaient l’administration de l’État et des provinces, mais aussi la finance et la religion. Bien qu’une synthèse générale soit encore à venir, les conclusions, fortement étayées par les travaux de C. Nicolet et de ses élèves et collègues, ne laissent aucun doute sur la complexité de ces archives et des mécanismes d’enregistrement, comparables sur ce point à ce que l’on sait d’autres civilisations antiques.

Entgegen einer verbreiteten Meinung verfügten die römische Republik und die frühe Kaiserzeit über ausgebildete Archivalien in den meisten Bereichen staatlichen Wirkens. Ein von Claude Nicolet Anfang der 90er Jahre initiierter, großangelegter Ordnungsversuch beabsichtigt die Rekonstruktion, wenn nicht des präzisen Inhalts der zumeist zerstörten Dokumente, so doch ihrer Gegenstände und Gewichtung. Betroffen sind sowohl die Verwaltung des Staates und der Provinzen als auch das Finzanzwesen sowie die Religion. Auch wenn der Zeitpunkt für eine Synthese noch nicht gekommen ist, lassen die von Nicolet und seinem Ansatz bereits erbrachten Ergebnisse keinen Zweifel an der Vielfalt dieser Archivbestände und ihrer internen Verwaltung zu, die jenen anderer antiker Kulturen in nichts nachstehen.

Contrary to widespread notions, the Roman Republic and the Early Roman Empire made use of records in most fields of government. An ongoing research programme initiated by Claude Nicolet in the early 1990s is aimed at reconstructing, not the contents of the documents, nearly all of which have perished, but the structure of archives pertaining to central and provincial government, and also to finance and religion. It is too soon for any attempt at a general overview, but the strong body of evidence put together by Nicolet and his students and colleagues leaves no room for doubt as to the complexity of Roman archives and registration procedures. They were comparable to what is known about other ancient civilisations.

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Anna ADAMSKA, L’évolution méthodologique de la diplomatique médiévale en Europe centrale, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 523-535.

L’évolution des méthodes de la diplomatique médiévale en Europe centrale, notamment en Bohême (actuelles Tchéquie et Slovaquie), en Pologne et en Hongrie, se décline en trois grandes périodes, marquées par l’histoire agitée, quand ce n’est dramatique, de la région et par des changements dans l’organisation académique et universitaire. La première période, celle de la formation scientifique de la discipline, couvre le XVIIIe et, plus encore, tout le XIXe siècle, jusqu’à la première guerre mondiale. La deuxième période, dans l’entre-deux-guerres, est une étape de consolidation, marquée, aux côtés de l’influence perdurante des Monumenta Germaniae historica et de l’Institut für Österreichische Geschichtsforschung, par l’écho de l’enseignement de l’École des chartes. La troisième période a d’abord vu une tentative d’élimination au nom de la méthodologie marxiste puis, dès les années 1960, une floraison remarquable d’études, en Tchécoslovaquie et en Pologne, plus tard en Hongrie. À l’heure actuelle, on constate la coexistence d’approches différentes : poursuite des études monographiques de chancelleries, examen de parties du discours pour leur contribution à l’histoire idéologique et culturelle, enquêtes sur la place des actes dans les systèmes de communication médiévaux.

Die Entwicklung der mediävistischen Urkundenlehre in Mitteleuropa, insbesondere im vormals böhmischen Gebiet des heutigen Tschechien und der Slovakei sowie in Polen und Ungarn, erfolgte in drei großen Epochen, die unmittelbar von der bewegten und dramatischen Geschichte dieser Länder und ihrer akademischen Einrichtungen bestimmt wurden. Zunächst erfolgte die wissenschaftliche Ausbildung der Disziplin im 18. und mehr noch im 19. Jahrhundert bis hin zum 1. Weltkrieg. Die Zeit bis zum 2. Weltkrieg brachte dann eine Konsolidierung unter dem fortdauernden Einfluss der Monumenta Germaniae historica und des Instituts für Österreichische Geschichte, mit erkennbaren Anleihen bei der Doktrin der École des chartes. Die dritte, Nachkriegsepoche beginnt mit dem Versuch einer Verödung der traditionellen Urkundenlehre zugunsten der marxistischen Methodologie, zeigt dann aber, ab den 60er Jahren, eine bemerkenswerte Blüte der Forschung in der Tschechoslovakei und in Polen, gefolgt von Ungarn. Augenblicklich sind unterschiedliche Ansätze vertreten: Die Weiterverfolgung monographischer Aufarbeitungen einzelner Kanzleien, Diskursanalysen mit geistes- und kulturgeschichtlichen Fragestellungen sowie Untersuchungen zum Stellenwert der Urkunden in den mittelalterlichen Kommunikationsgefügen.

The development of mediaeval diplomatic in Central Europe, and particularly in Bohemia (now Czechia and Slovakia), Poland and Hungary, falls into three main periods, determined by the troubled and often dramatic history of the region and by changes in academic and university structures. The first period, that of the establishment of diplomatic as a branch of learning, covers the 18th century and (more important still) the whole 19th century up to World War I. The second period, between the two wars, was a time of consolidation, under the persistent influence of the Monumenta Germaniae historica and the Institut für Österreichische Geschichtsforschung, with some inspiration also being drawn from the example of the École des chartes. The beginning of the third period witnessed the attempted elimination of diplomatic in order to make way for Marxist methodology; this was followed by a remarkable flowering of studies in the 1960s in Czechoslovakia and Poland, and later on in Hungary. At present, a number of different approaches co-exist, such as traditional monographs of individual chancelleries, studies on parts of diplomatic discourse relevant to ideological and cultural history, and research on the significance of written documents in mediaeval communication systems.

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Shigekazu KONDO et Setsuo WATANABE, La diplomatique du Japon médiéval : un regard croisé, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 537-564.

La diplomatique puise au Japon à une double tradition, celle de la diplomatique occidentale, celle de l’étude des documents de l’histoire nationale. Depuis plus d’un siècle, le travail de collecte et d’étude de l’ensemble des sources écrites anciennes a permis de lancer de grands corpus de copies, d’éditions ou de regestes imprimés ou électroniques ; plus récemment, les chercheurs ont développé, comme leurs collègues occidentaux, de nouvelles curiosités, qui touchent à la place de l’écrit dans les sociétés anciennes, et font du questionnaire diplomatique un outil de l’histoire politique, sociale, culturelle. Le bilan une fois dressé, l’article tente une approche comparée entre le Japon “ médiéval ” (XIe-XIVe siècle) et la France capétienne des XIIe-XIIIe siècles. Sans comparatisme forcé, on y voit comment l’évolution des formes documentaires (rinji et inzen dans un cas, ordonnances royales dans l’autre) vient épauler l’histoire des structures politiques et sociales : ici et là, la tension et le syncrétisme entre deux grands modèles rédactionnels (la charte qui fait titre à perpétuité, la lettre comme medium de la communication) peuvent être remis dans le contexte de la dialectique d’opposition/complémentarité entre pouvoir central et pouvoirs locaux.

Die japanische Urkundenlehre ruht auf den zwei Traditionssträngen der okzidentalen Urkundenlehre und des nationalgeschichtlichen Studiums alter Dokumente. Die seit mehr als einem Jahrhundert unternommene Aufarbeitung der älteren Schriftquellen hat große Korpora von Abschriften, Editionen und Regesten in gedruckter oder elektronischer Form erbracht. In jüngerer Zeit wirft die Forschung ähnliche Fragen auf wie im Westen: Untersuchungen zum Ort der Schrift in den vormodernen Gesellschaften machen den diplomatischen Ansatz zu einem Instrument der politischen, Sozial- und Kulturgeschichte. Nach diesem Überblick versucht der vorliegende Artikel einen Vergleich zwischen dem “mittelalterlichen” Japan (11.-14. Jahrhundert) und dem kapetingischen Frankreich des 12. und 13. Jahrhunderts. Ohne Überzeichnung kann man erkennen, wie die Entwicklung der jeweiligen Texttypen (rinji und inzen einerseits, königliche Erlasse andererseits) in die Geschichte der politischen und sozialen Strukturen eingreift: Hier wie da kann das manchmal synkretistische Spannungsverhältnis zwischen den beiden große Redaktionsformen — der auf die Ewigkeit zielenden Urkunde und des aktuellen Mitteilungsmediums Brief — in den Kontext einer dialektischen Opposition und Komplementarität zwischen Zentralmacht und Regionalmächten gestellt werden.

Japanese diplomatic is derived from two different traditions, western diplomatic and the study of documents relating to national history. For over a century scholars have been collecting and studying the whole body of ancient written sources, initiating vast series of copies, editions and catalogues, in printed and later in electronic form. In more recent years, like their western colleagues, they have started asking new questions about the significance of writing in ancient societies, putting diplomatic tools to use for the needs of political, social, and cultural history. After assessing these developments, the article proceeds to attempt a comparison of “mediaeval” Japan (11th-14th centuries) with 12th- and 13th-century Capetian France. Without taking comparison too far, it may be observed that the formal development of documents (rinji and inzen on the one hand, royal ordinances on the other) sheds light on the history of political and social structures. In both cases, confrontation and compromise between the two main model forms (charters as perpetual title-deeds and letters as a means of communication) should be understood in the context of a dialectic relationship between conflicting yet complementary central and local powers.

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Valérie LAFAGE, Montpellier, ville de sûreté protestante (1598-1629), dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 575-590.

Montpellier était l’une des plus notables des soixante-six villes de sûreté accordées aux protestants par l’édit de Nantes. Dans une province bien tenue par les hommes du roi, la cité vit ses instances politiques entièrement remises aux réformés : consulat, conseil des vingt-quatre, université. Mais, après la mort d’Henri IV en 1610, la fonction militaire de la ville l’emporta alors que les occasions de conflit renaissaient : entreprises de l’évêque catholique, agitation de huguenots extrémistes (“ Caterinots ”), installation d’une assemblée régionale militaire (“ cercle ”), radicalisation du consulat. Le siège royal de 1622 et la “ déclaration de paix ” qui suivit, prescrivant le démantèlement des remparts, ouvrirent le dernier acte. La construction d’une citadelle royale, la reprise en main de l’université et du consulat par le parti catholique sanctionnèrent, avant même l’édit d’Alès (28 juin 1629), la fin de la domination protestante et la mort de la ville de sûreté.

Montpellier war eine der bemerkenswertesten der 66 “Villes de sûreté”, die das Edikt von Nantes den Protestanten zugestand. In einer Provinz, die von königlichen Vertretern mit sicherer Hand geführt wurde, erlebte die Stadt die Übergabe aller politischen Instanzen an die Reformierten: Konsulat, Rat der 24, Universität. Aber nach dem Tod von Henri IV. 1610 trat die militärische Rolle der Stadt neuerlich in den Vordergrund, und die Anläße für Konflikte häuften sich: Unternehmungen des katholischen Bischofs, Propaganda der extremistischen Hugenotten (Caterinots), Schaffung einer regionalen Militärversammlung (cercle), Radikalisierung des Konsulats. Die Belagerung durch königliche Truppen 1622 und die darauf folgende “Friedenserklärung” (déclaration de paix), die eine Schleifung der Befestigungen anordnete, eröffneten den letzten Akt: Der Bau einer königlichen Zitadelle und die Übernahme der Universität sowie des Konsulats durch die katholische Partei bedeuteten noch vor dem Edikt von Alès (28. Juni 1629) das Ende der protestantischen Herrschaft und der freiheitlichen Ville de sûreté.

Montpellier was among the most important of the sixty-six “villes de sûreté” which the Edict of Nantes granted to the French Protestants. Whereas the province was well controlled by the king’s men, the city’s political institutions, i.e. the Consulate, the “Council of Twenty-Four”, and the University, were all handed over to the Huguenots. But after King Henry IV was murdered in 1610, the military importance of the town became predominant. At the same time, the seeds of conflict were growing between an invasive Catholic bishop, troublesome Huguenot extremists known as “Caterinots”, the newly established regional military assembly or “circle”, and the increasingly radical Consulate. The siege by the royal army in 1622, then the ensuing “Declaration of Peace”, which ordered the dismantling of the city’s fortifications, introduced the third act of this history. A royal citadel was built and the University and Consulate were taken over by the Catholic party: even before the Edict of Alès (28 June 1629), Protestant rule was dead and the “ville de sûreté” was no more.

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Rachel AUPETITGENDRE-LE THUAUT, Le fonctionnement des institutions locales à Alès entre 1598 et 1629, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 591-603.

À la fin du XVIe siècle, les habitants protestants et catholiques d’Alès tentèrent de gouverner la cité languedocienne conjointement, “ dans la paix et l’amitié ”. On mit en place un consulat “ mi-parti ”, où toutes les charges municipales étaient partagées de façon paritaire entre les habitants de l’une et de l’autre confession, au moyen de règlements complexes, mêlant élections et tirages au sort. Ces institutions fonctionnèrent correctement de 1598 aux alentours de 1615, consolidées par des “ serments d’union ” entre habitants des deux confessions. Après 1615, et surtout à partir de 1621, à la faveur des troubles religieux renaissants, les dysfonctionnements se multiplièrent, et les protestants “ fermes ” évincèrent les catholiques du gouvernement municipal tout en combattant les réformés modérés ; des structures d’exception, dirigées par les partisans du duc de Rohan, remplacèrent les institutions traditionnelles. Celles-ci, rétablies en 1629, après la reddition de la ville aux troupes royales, n’étaient plus dès lors qu’une façade.

Zu Ende des 16. Jahrhunderts versuchten die protestantischen und katholischen Einwohner von Alès, die languedokische Stadt gemeinschaftlich “dans la paix et l'amitié” zu verwalten. Ein hälftig besetztes Konsulat (mi-parti) wurde ins Leben gerufen, bei dem Bewohner beider Konfessionen alle städtischen Domänen paritätisch verantworteten; eine sinnreiche Kombination von Wahl und Losverfahren erlaubte seine Besetzung. Diese Institutionen arbeiteten mit Erfolg von 1598 bis um 1615 und wurden durch Einigungsschwüre (serments d'union) zwischen protestantischen und katholischen Bürgern gefestigt. Nach 1615 und vor allem ab 1621 führten die wiederauflebenden Religionswirren zu immer zahlreicheren Funktionsstörungen. Die radikalen Protestanten (protestants “fermes”) drängten die Katholiken aus der Stadtverwaltung und bekämpften zugleich die gemäßigten Reformierten. Parteigänger des Herzogs von Rohan führten Ausnahmeregelungen ein, die an die Stelle der traditionellen Institutionen traten. Als letztere nach der Übergabe der Stadt an die königlichen Truppen 1629 wiederhergestellt wurden, waren sie nurmehr Makulatur.

In the later years of the 16th century, the Catholics and Protestants of Alès experimented governing the town together, “in peace and in amity”. They established a “mi-parti” (half and half) Consulate, in which all municipal offices were shared equally among inhabitants of either faith, using complex procedures based on a combination of voting and balloting. Consolidated by “oaths of union” between both parties, these institutions worked successfully enough from 1598 to c. 1615. After 1615, and particularly after 1621, a renewal of religious strife gave rise to increasing difficulties, and the “firm” Protestants ousted the Catholics from the municipal government, at the same time opposing the moderate Huguenots. Exceptional structures, controlled by followers of the Duke de Rohan, replaced the traditional institutions. The latter were re-established in 1629 after the town surrendered to the royal army, but from that moment on they enjoyed no more than nominal authority.

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Véronique LARCADE, Le foudre de guerre et les fanfarons aux parchemins : le duc d’Épernon, bourreau des villes protestantes (1616-1629), dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 605-628.

Le premier duc d’Épernon (1554-1642) entretint avec les réformés des relations compliquées. Il fut décrit par les grandes voix du parti protestant comme un dangereux oppresseur. De fait, en tant que colonel général de l’infanterie et surtout comme gouverneur d’Angoumois-Aunis-Saintonge, puis de Guyenne, il fut directement impliqué dans les affaires de La Rochelle, de Saint-Jean d’Angély et de Montauban comme dans les opérations militaires menées contre ces places. Pourtant, les journaux et les chroniques de certains notables huguenots (Joseph Guillaudeau, Jacques Merlin, Daniel Manceau, Pierre Bérauld, Jacques Thuet, Jean Bastide) permettent d’analyser et de nuancer la mauvaise réputation d’Épernon. En diabolisant ou en dénigrant le duc, les protestants, au fond, parlent autant d’eux-mêmes que de lui.

Der erste Herzog von Épernon (1554-1642) unterhielt widersprüchliche Beziehungen zu den Protestanten. Die dominanten Stimmen der protestantischen Partei beschrieben ihn als gefährlichen Unterdrücker. Tatsächlich war er als Generaloberst der Infanterie und vor allem als Gouverneur zunächst des Angoumois-Aunis-Saintonge, dann der Guyenne, unmittelbar mit den Angelegenheiten der Städte La Rochelle, Saint-Jean d’Angély und Montauban betraut, was auch alle militärischen Einsätze einschloss. Demgegenüber zeichnen die Tagebücher und Chroniken verschiedener bedeutender Hugenotten (Joseph Guillaudeau, Jacques Merlin, Daniel Manceau, Pierre Bérauld, Jacques Thuet, Jean Bastide) ein Bild von Épernon, dessen genauere Betrachtung seinen schlechten Ruf nuanciert. Die Schwarzzeichnung und Diabolisierung des Herzogs durch die Protestanten zeugt daher ebensosehr von ihrer eigenen Haltung wie von der seinen.

The first Duke d’Épernon (1554-1642) had a complex relationship with the Huguenots. Key figures of the Protestant party described him as a dangerous oppressor. In fact, as a colonel general of the royal infantry and as the governor of the Angoumois, Aunis and Saintonge provinces, and later of Aquitaine, he was directly involved in the government of La Rochelle, Saint-Jean-d’Angély and Montauban, as well as in military operations against these same towns. However, the diaries and chronicles written by certain prominent Huguenots (such as Joseph Guillaudeau, Jacques Merlin, Pierre Bérauld, Jacques Thuet and Jean Bastide), make it possible to reconsider d’Épernon’s dreadful reputation and to introduce some light and shade into judgments of his character. In fact, by denigrating the duke and describing him as such a fiend, the Protestants tell us more about themselves than about him.

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Gregory HANLON, Un tableau en demi-teintes : l’équilibre confessionnel en Aquitaine au lendemain de l’édit de Nantes, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 629-640.

L’édit de Nantes et le retour largement souhaité à la paix ont favorisé un processus de guérison sociale des communautés déchirées, dépassant la bipolarité entre les deux confessions, catholique et protestante, qui fait parfois négliger aux historiens l’existence d’autres clivages. L’édit de Nantes a bien été une manifestation de tolérance, si l’on entend par là la tolérance des mutuelles faiblesses des deux confessions, dont on peut dresser la cartographie comme la typologie. Car l’édit n’a rien changé au fond : avant comme après, le territoire prime sur la religion. On devine, plus souterraine, une autre forme de tolérance, la tolérance quotidienne développée dans les communautés mixtes, quasi normale jusqu’au moment où les églises furent en mesure de raidir leur orthodoxie. Sur ce fond, les troubles des années 1620 viendront révéler le degré de démobilisation des protestants, dont le sort politique s’était joué en fait dès les années 1575, aux lendemains de la Saint-Barthélemy.

Das Edikt von Nantes und die lange erwartete Einkehr des Friedens ermöglichte einen sozialen Heilungsprozess der zerissenen Gemeinschaften. Die vorhandenen Brüche verliefen keineswegs nur entlang der Konfessionsgrenze zwischen Katholiken und Protestanten, was die Historie oft übersieht. Das Edikt von Nantes war tatsächlich eine Äußerung der Toleranz, wenn man Toleranz als eine solche der jeweiligen Schwächen innerhalb beider Religionen auffasst, die man darstellen und strukturieren kann. Denn das Edikt hat im Grunde nichts verändert: Vorher wie hinterher waren die Territorien wichtiger als die Religion. Man erspürt im Untergrund eine andere Form der Toleranz, die im täglichen Miteinander in den gemischten Gemeinschaften entstanden war und die solange natürlich blieb, bis die Kirchen sich in der Lage sahen, ihre jeweilige Orthodoxie zu festigen. Vor diesem Hintergrund offenbaren die Wirren ab 1620 den Grad der protestantischen Desintegration, die politisch bereits nach der Bartholomäus-Nacht 1575 besiegelt war.

The Edict of Nantes re-established a peace that many people were hoping for and it made social recovery possible for communities previously torn apart, by surmounting the polarity between Catholics and Protestants — a polarity that has sometimes led historians to underestimate other kinds of divisions. The Edict of Nantes certainly was a demonstration of tolerance, if that means reciprocal tolerance of the weaknesses of both faiths, which can be described in cartographical or typological terms. Fundamentally the Edict changed nothing: just as before, territory remained more crucial than religion. One also senses another, less visible form of tolerance in the everyday life of mixed communities, something which remained almost normal as long as both Churches were unable to shift back towards orthodox intransigence. Against this background, the agitation of the 1620s revealed how unmotivated the Protestants really had become, since their political fate had in fact been sealed around 1575, after the Saint Bartholomew’s Day massacre.

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Kathleen THOMPSON, Sept textes pour une fondation : les premiers temps de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou et leurs réécritures, dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 160, 2002, p. 641-666.

La comparaison entre le chartrier du prieuré Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou (Archives départementales d’Eure-et-Loir) et ce qui reste des archives de Cluny (Bibliothèque nationale de France) suggère que les nombreux actes qui rapportent les trois étapes de la fondation du prieuré au XIe siècle (installation de la communauté par Geoffroi Ier du Perche en 1031, achèvement de l’église par Rotrou Ier en 1078, don du monastère à Cluny par Geoffroi II aux années 1080) ne sont pas contemporains des événements relatés, mais qu’ils ont été mis en forme en plusieurs vagues, en dernier lieu lors de la compilation du cartulaire du prieuré. Si les renseignements qu’ils donnent sont assez précis, leur vocabulaire est anachronique et leur description peut-être fallacieuse. Les conclusions de l’analyse diplomatique rejaillissent directement sur l’histoire des comtes du Perche : pris littéralement, les textes ont masqué les étapes de la construction de la tour de Nogent, comme de la progression du lignage, qui s’imposa plutôt vers la fin qu’au début du XIe siècle.

Ein Vergleich zwischen dem Kartular des Priorats Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou (Archives départementales d’Eure-et-Loir) und den Überresten der Bestände von Cluny (Bibliothèque nationale de France) legt nahe, dass die zahlreichen Dokumente, die sich auf die drei Momente der Gründung des Priorats im 11. Jahrhundert beziehen (Schaffung der Gemeinschaft durch Geoffroi I. du Perche 1031, Abschluss des Kirchenbaus durch Rotrou I. 1078, Schenkung des Klosters an Cluny durch Geoffroi II. in den 80er Jahren des 11. Jahrhunderts) keine zeitgenössischen Schriften darstellen, sondern nachträglich in mehreren Phasen ausgearbeitet wurden, spätestens zum Zeitpunkt der Kompilation des Kartulars. Die enthaltenen inhaltlichen Angaben sind zwar sehr präzise, doch ist der Wortschatz anachronistisch und die Darstellung tendenziös. Die Ergebnisse der diplomatischen Analyse sind unmittelbar für die Geschichte der Grafen des Perche von Belang: Der Wortlaut der Dokumente hat die verschiedenen Schritte beim Bau des Turms von Nogent ebenso verschleiert wie die Geschichte des Adelsgeschlechts, das nicht schon zu Beginn, sondern erst gegen Ende des 11. Jahrhunderts sein eigentliches Gewicht erlangte.

This article makes a comparison between the records of the Cluniac priory of Saint-Denis at Nogent-le-Rotrou (Archives départementales d’Eure-et-Loir) and what is left of the archives of Cluny (Bibliothèque nationale de France). It suggests that three acts from the cartulary, which describe the three stages in the foundation of the house, are not contemporary with the events they relate, but were drafted at various stages, and ultimately at the time when the cartulary was written. The three acts document the monastery’s foundation in 1031 by Geoffrey I du Perche, the completion of the church in 1078 by Rotrou I, and the donation of the monastery to Cluny in the early 1080s by Geoffrey II. While the information in each act is likely to be broadly correct, the language used is anachronistic and can be misleading. The use previously made of these acts, by taking them at face value, has distorted the different stages of the construction of the tower of Nogent, as well as the history of the family. The family became important at the end of the eleventh century, around the year 1100, rather than at the beginning of that century.

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