Construire le temps : normes et usages chronologiques à l’époque moderne et contemporaine
Avant-propos, par Marie-Clotilde HUBERT. — Organisation du temps et discipline horaire chez Calvin et à Genève au XVIe siècle : vers une spiritualité temporelle, par Max ENGAMARRE. — Noël le 15 décembre : la réception du calendrier grégorien en France (1582), par Jérôme DELATOUR. — Formes et usages du calendrier dans les almanachs parisiens au XVIIIe siècle, par Véronique SARRAZIN-CANI. — Les rythmes scolaires en France : permanences, résistances et inflexions, par Paul GERBOD. — Le temps militaire à l’époque contemporaine : pratiques et représentations, par Olivier FORCADE. — La France à l’heure allemande, par Yvonne POULLE. — Table chronologique, 1971-2500, par Emmanuel POULLE.
Pratiques de l’écrit, autour du roi de France, XIVe-XVe siècles
L’usage du latin et du français à la chancellerie de Philippe VI, par Serge LUSIGNAN. — La gestion de l’écrit dans une famille de serviteurs du roi : le cartulaire et le chartrier des Mignon (XIVe-XVe siècles), par Patricia GUYARD. — Le Châtelet de Paris au début du XVe siècle d’après les fragments d’un registre d’écrous de 1412, par Claude GAUVARD, Mary et Richard ROUSE et Alfred SOMAN. — Lettres inédites de Louis XI rédigées par son secrétaire Pierre-Paul SENILIS, par Evencio BELTRAN.
Max ENGAMMARE, "Organisation du temps et discipline horaire chez Calvin et à Genève au XVIe siècle : vers une spiritualité temporelle", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 341-367.
Calvin n’a laissé aucune réflexion fondamentale sur le temps et n’a pas commenté les pages célèbres d'Augustin (Confessions, ch. XIV et suiv.). C'est donc en lisant la totalité de sa correspondance et en consultant en priorité ses sermons et autres travaux bibliques que l’on appréhende sa perception du temps et, en conséquence, son organisation horaire. On découvre ainsi les stratégies que Calvin mit en place pour organiser son travail et répondre aux sollicitations nombreuses et variées dont il était l'objet, alors que le temps lui manquait. La mise en perspective de l'organisation du temps de Calvin avec la discipline ecclésiastique genevoise et avec d'autres organisations du temps au XVIe siècle permet de dégager quelques spécificités de la perception réformée du temps, qui n’est pas sans influencer une spiritualité attachée davantage aux temps du culte qu’à ses lieux.
Calvin ist nicht als Autor einer grundlegenden theoretischen Abhandlung über die Problematik der Zeit bekannt. Nicht einmal die berühmten Betrachtungen des Augustinus zu dieser Thematik (Confessiones, cap. XIV f.) erfuhren einen Calvinschen Kommentar. Seine Zeitauffassung sowie seine Zeit- und Tageseinteilung kann daher nur aus einer systematischen Lektüre seiner Korrespondenz, aus seinen Predigten und aus seinen Schriften zur Bibel abgeleitet werden. Tatsächlich entwickelte der Reformator Planungsstrategien, um seine Arbeitszeit einzuteilen und um so der zahlreichen und höchst unterschiedlichen Anfragen Herr zu werden, die an den ohnehin Vielbeschäftigten herangetragen wurden. Vor dem Hintergrund der Genfer Kirchendisziplin und anderer Entwürfe zur Zeitplanung im 16. Jahrhundert zeigt der Calvinsche Ansatz einige Eigenarten in der Zeitauffassung, sie sich — untrennbar von der Reform — auch im Kultus niederschlagen : So kommt der zeitlichen Abmessung des Gottesdienstes eine größere Aufmerksamkeit zu als dem Ort, an dem dieser abzuhalten ist.
Jérôme DELATOUR, "Noël le 15 décembre : la réception du calendrier grégorien en France (1582)", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 369-416.
Par la bulle Inter gravissimas du 24 février 1582, le pape Grégoire XIII institua le calendrier actuel, dit calendrier grégorien. Celui-ci devait entrer en vigueur le 5 octobre 1582, qui serait compté le 15 pour rattraper le retard du calendrier sur l’année solaire. Seuls l’Italie, l’Espagne et le Portugal suivirent à la lettre les prescriptions du Saint-Siège. La France attendit le 9 décembre pour opérer la réforme et faire suivre ce jour du 20, en vertu d’une ordonnance royale du 3 novembre 1582 ; les évêques durent aménager les fêtes de l’Avent. Fâché de ce retard, Henri III sanctionna la réforme par une procession extraordinaire. Le nonce apostolique rendit Antonio Lilio, détenteur d’un privilège pontifical pour l’impression du nouveau calendrier, responsable de la situation : son inaction aurait empêché la diffusion du calendrier. En vérité, l’opposition du parlement de Paris semble y avoir notablement contribué. La plupart des sujets du roi ne comprirent pas la nécessité de cette réforme qu’on leur présentait brutalement et qui bouleversait leurs usages. De nombreuses publications apologétiques s’efforcèrent d’aider les plus instruits à raisonner les plus ignorants. Chez les doctes, le calendrier devint un enjeu scientifique et politique ; porte-parole de leur confession, les savants protestants dénoncèrent l’inexactitude du nouveau calendrier et nièrent le droit du pape à régir le temps.
Der heute gültige ‘gregorianische’ Kalender wurde von Papst Gregor XIII. am 24. Februar 1582 durch die Bulle Inter gravissimas eingeführt. Er sollte am 5. Oktober desselben Jahres in Kraft treten und dieses Datum gleichzeitig in den 15. Oktober umwandeln, um die Verzögerung des Kalenders gegenüber dem Sonnenjahr auszugleichen. Doch nur Italien, Spanien und Portugal folgten rigoros den Vorgaben des Heiligen Stuhls. In Frankreich verfügte erst ein königlicher Erlaß vom 3. November 1582 die Durchführung der Kalenderreform zum 10. Dezember, der dann auf den 20. umterminiert wurde ; dies zwang die Bischöfe, die Adventsfeierlichkeiten den neuen Gegebenheiten anzupassen. Heinrich III. ordnete verärgert eine außerordentliche Prozession an, um die späte Einführung der Reform zu tadeln. Der päpstliche Nuntius machte einen gewissen Antonio Lilio, Inhaber des päpstlichen Privilegs zum Druck des neuen Kalenders, für die Verzögerung verantwortlich : Seine Untätigkeit habe die Verbreitung des Kalenders verhindert. Eine wahrscheinlichere Ursache ist im Widerstand des Parlaments von Paris zu suchen. Die Mehrzahl der königlichen Untertanen verstanden den Sinn dieser Reform nicht, die man ihnen ohne jede Vorbereitung präsentierte und die den gewohnten Gang der Dinge störte. Zahlreiche apologetische Schriften wurden abgefaßt, um den Gebildeten zu helfen, den Ungebildeten die Reform einsichtig zu machen. Bei den Gelehrten wurde der Kalender gar zu einen Gegenstand wissenschaftlichen und politischen Streits : Die protestantischen Gelehrten ergriffen für ihre Religionsgemeinschaft das Wort, wandten sich gegen die Ungenauigkeit des neuen Kalenders an und sprachen dem Papst das Recht ab, die Zeit zu kommandieren.
Véronique SARRAZIN-CANI, "Formes et usages du calendrier dans les almanachs parisiens au XVIIIe siècle", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 417-446.
Le calendrier est étymologiquement consubstantiel à l’almanach, et il le paraît aussi formellement. Pourtant, si les almanachs populaires en font toujours l’article essentiel et le principe organisateur de leur contenu, les almanachs parisiens publiés de 1700 à 1789 modifient la place qu’ils lui accordent. Le calendrier n’y est plus qu’un article isolé, sans rapport avec le reste du texte. Sa part quantitative se réduit fortement, son contenu se simplifie et se standardise. Ses articles complémentaires, religieux et astronomiques, disparaissent, pour ne laisser qu’une liste de jours et de saints destinés à servir de repères temporels usuels. Le calendrier, néanmoins, demeure présent dans des publications variées (annuaires, guides, chansonniers, etc.) pour en souligner, en préciser et en diversifier l’utilité ; il sert de guide à la lecture, et parfois à l’écriture, en se faisant agenda. Mais il peut être aussi détourné à des fins parodiques : si les almanachs d’amusement se contentent de jouer sur ses annexes, d’autres, plus subversifs mais aussi plus rares, s’en prennent au calendrier religieux, sans pour autant rompre totalement avec lui, ce que fera seulement le calendrier républicain.
Der Almanach hat sich im Spätmittelalter aus dem (astronomisch-mathematischen) Kalender heraus entwickelt. Die wort- und sachgeschichtliche Verschränkung in der Genese von Almanach und Kalender äußert sich lange auch in einer formalen Ähnlichkeit, und der Kalender blieb in der frühen Neuzeit Hauptbestandteil und Ordnungsprinzip des Almachs. Erst in den Pariser Almanachen des 18. Jahrhunderts wird der Kalender im Umfang reduziert und von den sich bis dahin um ihn rankenden Anhängen abgetrennt. Es bleibt eine Auflistung von Tagen und Heiligennamen, die nur noch der zeitlichen Orientierung dient. Die Rolle des Kalenders in anderen gängigen Druckprodukten des 18. Jahrhunderts blieb dennoch bemerkenswert : Kalender erscheinen in Jahrbüchern, Führern und Liedersammlungen, sie werden zur Leseanleitung verwendet und dienen sogar — im Fall des Terminkalenders — als Ordnungsprinzip bei der Schriftführung. Es kommt auch zum parodistischen Einsatz in humorigen Almanachen, die zunächst den verschiedenen Anhängen des Kalenders zu Leibe rücken und manchmal sogar den religiösen Kalender selbst zum Gegenstand einer spielerischen Umformung machen. Ein völligen Bruch mit dem religiösen Kalender erfolgt schließlich mit dem republikanischen Kalender.
Paul BERBOD, "Les rythmes scolaires en France : permanences, résistances et inflexions", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 447-477.
Le temps scolaire est une composante fondamentale du système éducatif français car, depuis des siècles, il conditionne la vie quotidienne, hebdomadaire et annuelle des élèves. Tributaire d’une longue tradition insérée dans les structures du calendrier de l’Église, son histoire comporte jusqu’à la fin du XVIIIe siècle une première séquence, au cours de laquelle le temps scolaire se définit et se met progressivement en place dans l’instruction primaire et secondaire, avec de nombreuses variantes dans le temps et l’espace. Au cours du XIXe siècle, lorsque l’éducation est ressentie comme un terrain d’unification privilégié, il relève d’une stratégie officielle qui vise à gommer les divers particularismes. De 1800 aux années 1950, il impose ainsi ses traditions et ses contraintes aux élèves, suscitant déjà des résistances et des critiques, qui tiennent en partie aux transformations du contexte social. Par la suite, sous l’influence des campagnes d’opinion orchestrées par les milieux médicaux, par les sociologues, psychologues et pédagogues, les rythmes scolaires tendent à se modifier plus ou moins profondément dans le sens du bénéfice psychologique, physiologique et intellectuel de la jeunesse.
Die Einteilung der Schulzeit ist eine grundelgende Konstante des französischen Ausbildungssystems, da sie seit Jahrhunderten das tägliche Leben sowie die Wochen- und Jahreseinteilung der Schüler bedingt. Ihre lange Tradition greift auf die Struktur des kirchlichen Kalenders zurück. In einer ersten, bis zum Ende des 18. Jahrhunderts reichenden Epoche erfolgt die Abgrenzung der Schulzeit als solcher und ihre allmähliche Verankerung in der Primar- und Sekundarausbildung, wobei zahlreiche verschiedene Lösungen in Raum und Zeit entstanden. Im Laufe des 19. Jahrhunderts wird die öffentliche Ausbildung zum Pilotbereich für Vereinheitlichungsbestrebungen, und die offiziellen Planungen zielen auf eine Ausmerzung aller örtlichen Eigenarten. Von 1800 bis in die 50er Jahre des 20. Jahrhunderts wird die ganze Macht der Schultradition den Schülern aufgezwungen, was auch zu Widerständen und zu Kritik führt, die wiederum zum Teil in sozialen Umwälzungen angelegt sind. In der jüngsten Epoche kommt es zu verschiedenen Meinungskampagnen, bei denen jeweils ärztliche, soziologische, psychologische oder pädagogische Strömungen die Oberhand behalten. Die schulischen Rhythmen erleben mehr oder weniger tiefgreifende Umgestaltungen, die das psychologische, physiologische und intellektuelle Wohl der Jugend zum Ziel haben.
Olivier FORCADE, "Le temps militaire à l’époque contemporaine : pratiques et représentations", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 479-491.
Les usages et les pratiques du temps ne sont pas univoques dans les armées de l’époque contemporaine. Plusieurs échelles de temps se recoupent lorsque l’on cherche à appréhender les temporalités sociales et professionnelles des combattants. Temps de la routine et de l’attente, temps eschatologique du combat (stratégique, tactique et opérationnel) et de la mort, temps gestionnaire du temps de paix, temps rétracté ou accéléré du combat se télescopent. Par ailleurs, les révolutions spatio-temporelles de la guerre, avec l’apparition des dimensions aérienne et sous-marine lors du premier conflit mondial, provoquent des changements d’échelle. Enfin, de 1789 à nos jours, le conscrit et le soldat professionnel, par delà les grades, les armes et les armées, ont leur manière propre d’« habiter le temps ».
Die Armeen der Neuzeit kennen — in Krieg und Frieden — unterschiedliche, sich gegenseitig überlagernde Formen der Einteilung und Verwaltung von Zeit : Jene der täglichen Routine und Ruhephasen, die ‘Endzeit’ des (strategischen, taktischen und einsatzgemäßen) Kampfes und des Todes, die ‘Verwaltungszeit’ des Friedens, die verkürzte oder beschleunigte Zeit der Schlacht. Die Umwälzungen im Raum- und Zeitbegriff des Krieges, auch durch die Erschließung des Luft- und Unterwasserraumes im ersten Weltkrieg, schaffen neue Bedingungen. Darüber hinaus richten Berufssoldaten und Wehrpflichtige aller Grade, Waffengattungen und Armeen ihre Zeit seit 1789 in immer neuer, jeweils eigener Weise ein.
Yvonne POULLE, "La France à l’heure allemande", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 000-000.
Jusqu’en 1940, la France était sur le fuseau horaire de Greenwich (G.M.T.), avec un changement saisonnier de l’heure. L’« heure allemande » (G.M.T. + 1 en hiver, G.M.T. + 2 en été), imposée par l’armée allemande au fur et à mesure de son avance en juin 1940, n’a été adoptée en zone non occupée qu’à partir du 5 mai 1941, sous la pression de la S.N.C.F., dont les horaires nécessitaient l’uniformisation de l’heure sur tout le territoire. Le changement d’heure saisonnier et celui, simultané, des horaires ferroviaires se sont ensuite effectués en accord avec ceux du Reich. Les deux décrets de l’été et de l’automne 1945, qui ont fait passer la France de l’heure d’été, qui était encore celle de l’Europe centrale (G.M.T. + 2), à l’heure d’hiver (G.M.T. +1), puis l'absence jusqu'en 1975 d’un changement d’heure hiver/été, ont dans les faits aligné la France sur l'heure d’Europe centrale, où elle est encore aujourd’hui.
Bis 1940 folgte Frankreich der Zeitzone von Greenwich (G.M.T.), mit einer Zeitumstellung im Sommerhalbjahr. Die ‘deutsche Zeit’ (G.M.T. + 1 Stunde im Winter, + 2 Stunden im Sommer) wurde von der deutschen Armee im Juni 1940 auf ihrem Vormarsch eingeführt. Das freie Frankreich übernahm sie gleichfalls, am 5. Mai 1941, unter dem Druck der französischen Bahn (S.N.C.F.), deren Fahrpläne auf dem ganzen Gebiet Frankreichs einem System folgen mußten. Die Zeitumstellung zum Sommer- und Winterhalbjahr – und damit gleichzeitig der Fahrplanwechsel – erfolgte in Absprache mit dem III. Reich. Durch zwei Dekrete von Sommer und Herbst 1945 ratifiziert Frankreich zunächst die Sommerzeit (G.M.T. + 2) — die zugleich der mitteleuropäischen Zeitzone entspricht —, dann die Winterzeit (G.M.T. + 1), die dann bis 1975 ohne weitere Zeitumstellung gehandhabt wurde. Darauf folgte die Neueinführung der Sommerzeit, so daß Frankreich sich jetzt im Einklang mit der mitteleuropäischen Zeitzone befindet.
Serge LUSIGNAN, "L’usage du latin et du français à la chancellerie de Philippe VI", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 000-000.
À partir du XIIIe siècle, le vernaculaire commence à concurrencer le latin comme langue d’écriture administrative, mais on a souvent noté que la chancellerie des rois de France fut lente à adopter le français. Or un moment important dans l’évolution de ses pratiques linguistiques fut le règne de Philippe VI : l’analyse des actes ayant fait l’objet d’un enregistrement indique que le rapport entre les actes latins et français s’inverse complètement à compter d’octobre 1330, pour des raisons encore mal élucidées. Le français devient la langue quasi exclusive pour les pays coutumiers, le latin conserve sa prédominance en pays de droit écrit, et les deux langues sont utilisées de concert pour la région frontalière qui s’étend de la Saintonge à l’Auvergne. L’étude des actes émanant des administrations royales locales révèle par contre que celles-ci utilisaient exclusivement le français en pays coutumiers et le latin en pays de droit écrit, et ce certainement depuis le règne de Philippe le Bel.
Im 13. Jahrhundert beginnt die ‘Volkssprache’ Französisch das Latein als Verwaltungssprache in der Schrift abzulösen. Die königliche Kanzlei gilt allgemein in diesem Prozeß nicht als Vorreiter, doch zeigt eine Analyse der Epoche Philipps VI. daß dieses Urteil die Sachlage unzulässig vereinfacht : Das Verhältnis zwischen lateinischen und französischen Dokumenten kehrt sich bei den registrierten Texten bereits im Oktober 1330 vollständig und irreversibel um, ohne daß die hierbei zugrundeliegenden Beweggründe bisher näher bekannt wären : Das Französische wird nahezu alleinige Verwaltungssprache der frankophonen Landschaften, die dem Gewohnheitsrecht unterworfen waren, das Lateinische beherrscht dagegen weiter die okzitanophonen Gegenden lateinischer Rechtstradition. Im Grenzraum von der Saintonge bis zur Auvergne spielen beide Sprachen zusammen. Eine Analyse der königlichen Lokalverwaltung zeigt eine noch schärfere Trennung, die sich offensichtlich schon unter Philipp IV. (1285-1315) eingespielt hatte : In den gewohnheitsrechtlichen Gegenden erscheint ausschließlich Französisch, in den übrigen ausschließlich Latein.
It is during the XIIIth century that vernacular languages started to compete with Latin in administrative documents, but it has often be noticed that French royal chancery has been rather slow to adopt French language. An important changing in language usages took place under the reign of Philip VI : a systematic analysis of chancery registars shows that, from October 1330 onwards, for unknown reasons, French charters started to largely outnumber those written in Latin. Starting from that time, French became the nearly exclusive language for charters concerning areas governed by customary laws, Latin kept its predominating status in Roman law areas, whereas both languages competed in the inbetween region going from Saintonge to Auvergne. On the other hand, a study of letters written by royal local administrators shows that those in areas governed by customary laws used exclusively French, whereas those located in Roman law areas sticked completely to Latin, at least from the time of Philip the Fair.
Patricia GUYARD, "La gestion de l’écrit dans une famille de serviteurs du roi : le cartulaire et le chartrier des Mignon (XIVe-XVe siècles)", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 000-000.
Au milieu du XIVe siècle, Robert Mignon, clerc du roi, hérite des biens de son frère Jean, maître à la chambre des comptes, et entreprend de compiler les actes relatifs aux terres et fiefs acquis en vingt ans par Jean, principalement au Tremblay (actuel département des Yvelines) ; il les complète des documents relatifs à sa propre activité foncière, et l’entreprise est poursuivie par son fils Michel, lui aussi clerc du roi, de 1364 à 1414. Seule une copie du cartulaire originel, dressée dans les dernières décennies du XVe siècle, a été conservée (Arch. dép. Yvelines, 5 J 39). Ses trois cent trente textes permettent d’appréhender comment trois membres de l’administration royale ont employé l’écrit et mis à profit leurs connaissances professionnelles pour acquérir et gérer leurs biens, démêler l’écheveau des mouvances féodales, vendre à bon escient et défendre un patrimoine fragilisé par l’onéreuse fondation d’un collège à Paris et par les malheurs du temps. Ils révèlent dans leur richesse la typologie des actes privés, les usages de l’authentification, l’articulation des juridictions gracieuses locales et parisienne. De nombreux textes informels (gloses, listes féodales, traité du droit des fiefs) et le livre lui-même offrent une occasion rare d’analyser les stratégies documentaires appliquées par des seigneurs laïcs à la gestion foncière.
In der Mitte des 14. Jahrhunderts erbt der königliche Sekretär Robert Mignon die Güter seines Bruders Jean, vormals Vorsteher des Rechnungshofes. Er unternimmt es, alle Dokumente über die Grund- und Lehnsrechte zusammenzustellen, die Jean über zwanzig Jahre hinweg erworben hat, insbesondere im Gebiet von Tremblay (heutige Département Yvelines). Robert ergänzt auch die Texte, die seiner eigenen Grundherrschaft entspringen. Schließlich führt sein Sohn Michel, gleichfalls königlicher Sekretär, das Kompilationswerk von 1364-1414 fort. Das Kartular ist nur kopial, in einer Kopie des ausgehenden 15. Jahrhunderts überliefert (A.D. Yvelines 5 J 39). Die 330 Texte erlauben Aussagen darüber, wie drei Vertreter der königlichen Verwaltung die Schrift für ihre Zwecke nutzten, wie sie ihre beruflichen Kenntnisse einsetzten, um Güter zu erwerben und zu verwalten, wie sie das Gestrüpp grund- und lehnsrechtlicher Abhängigkeiten entwirren, wie sie geplant ankaufen und wie sie einen Grundbesitz zusammenhalten, der durch die teure Gründung einer Privatschule in Paris und durch die harten Zeitumstände in Bedrängnis geriet. Die Untersuchung der vielfältigen Dokumente erbringt zugleich eine Typologie gängiger Privaturkunden und Hinweise auf die üblichen Arten der Authentifizierung sowie zum Zusammenspiel der freiwilligen Gerichtsbarkeit in Paris und in der Provinz. Zahlreiche Texte geringeren Formalisierungsgrades (Glossen, Lehnslisten, ein lehnsrechtliches Traktat) bereichern das Kartular und bieten zusammen mit diesem eine seltene Gelegenheit, die Strategien schriftlicher Verwaltung von Grundbesitz bei nichtgeistlichen Würdenträgern zu untersuchen.
Claude GAUVARD, Mary et Richard ROUSE et Alfred SOMAN, "Le Châtelet de Paris au début du XVe siècle d’après les fragments d’un registre d’écrous de 1412", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 000-000.
Six feuillets, sauvés par leur remploi dans une reliure ancienne et aujourd’hui conservés à l’Université de Californie, livrent les épaves d’un registre d’écrous du Châtelet de Paris, entre le 24 avril et le 24 mai 1412. Les fragments comptent soixante et onze articles, pour un total de cent-sept prisonniers et sept oppositions. La tenue du registre montre un exercice méticuleux de la justice criminelle par le prévôt de Paris, en dépit des critiques que suggère la réforme du Châtelet en 1425. La police parisienne tentait de faire respecter les cris et ordonnances destinés à maintenir l’ordre, en particulier en matière de port d’armes. Une comparaison avec les registres d’écrous de l488 et de l’époque moderne montre que l’action du prévôt n’est pas pour autant coercitive : les prisonniers sont vite relâchés et les peines sont légères. Cela tient à la nature des délits et à la condition de ceux qui les ont commis : dettes non payées, actes de violence, tapages nocturnes, prostitution… ; rares sont les criminels professionnels et inconnus. Seule la guerre civile, dans le Paris bourguignon de l’époque, gauchit légèrement le profil d’une délinquance qui, pour l’essentiel, reste traditionnelle, alors que la population locale collabore volontiers avec les instances judiciaires. Le Châtelet est loin d’être une prison où se pratique seulement la procédure extraordinaire avec recours à la torture.
Auf sechs Folioseiten, die in einem alten Einband wiederverwendet wurden und heute in der Universität Kalifornien lagern, finden sich die spärlichen Reste des Gefängnisregisters des Pariser Châtelet für den Monat vom 24. April bis zum 24. Mai 1412. Das Fragment enthält 71 Artikel und nennt 107 Gefangene sowie sieben Zurückgewiesene. Die Registerführung zeigt eine minutiöse Ausübung der Strafjustiz durch den Stadtvorsteher von Paris ; die in der Reform des Châtelet von 1425 durchscheinende Kritik ist also mit Vorsicht zu betrachten. Die Pariser Polizei sah darauf, daß die Rechtsregeln und öffentlichen Ausrufungen befolgt wurden, die der Aufrechterhaltung der öffentlichen Ordnung dienten, insbesondere wenn es um das Tragen von Waffen ging. Ein Vergleich mit dem Gefängnisregister von 1488 und solchen des Ancien Régime erweist, daß dem Stadtvorsteher keine repressive Handhabung vorgeworfen werden kann : Die Gefangenen werden bald entlassen, und die Strafen sind zumeist leicht, was sich auch mit der Art der Delikte und mit der sozialen Zugehörigkeit der Täter erklärt : Bestraft werden unausgeglichene Schulden, Schlägereien, nächtliche Ruhestörung, Prostitution ; nur selten erscheinen Berufsverbrecher oder im Gemeinwesen Unbekannte. Nur der Bürgerkrieg zur Zeit der burgundischen Herrschaft von Paris verändert die Physiognomie der Strafbestände, die sich im wesentlichen in traditionnelle Bahnen einfügt, unter dem wachsamen Auge einer Einwohnerschaft, die der Zusammenarbeit mit den gerichtlichen Instanzen aufgeschlossen gegenübersteht. Es wäre falsch, im Châtelet ein Gefängnis für außergewöhnliche Fälle mit Anwendung der Folter zu sehen.
Six folios survive from a prison register of the Châtelet of Paris between the dates of 24 April and 24 May 1412, saved from oblivion by the fact that they were used in an old binding and were recently donated to the University of California. These intermittent fragments contain 71 articles relating to a total of 107 prisoners and 7 oppositions. The register, carefully maintained, attests to the scrupulousness of criminal justice in Paris and belies the criticisms suggested by the reform of the Châtelet in 1425. Various policing authorities attempted to enforce regulations and preserve order, particularly with respect to bearing arms. Comparing the fragments with subsequent registers (1488, 17th century), we can see that justice was not overly repressive. The prisoners were released quickly and puishments were light, appropriate to the kinds of crime and the social conditions of the accused : unpaid debts, outbursts of violence, disturbances of the peace (especially at night), prostitution, etc. ; only rarely a professional criminal or an outsider. Despite the civil war then raging, delinquency remained largely traditional, and the local population cooperated willingly with the authorities. In fact the Châtelet at this date was quite different from its historiographical image as a place of torture and relentless prosecution.
Evencio BELTRAN, "Lettres inédites de Louis XI rédigées par son secrétaire Pierre-Paul Senilis", dans Bibliothèque de l’École des chartes, t. 157, 1999, p. 000-000.
Un manuscrit de la Bibliothèque universitaire de Bâle (E. III. 15), provenant de la Chartreuse de Bâle, livre une riche série de textes humanistes, copiés par plusieurs mains dans le dernier quart du XVe siècle, et peut-être réunis à l’initiative de Jean Heynlin. Parmi eux se trouvent dix lettres, actes et suppliques du roi de France Louis XI, ici édités, et dont la rédaction peut être attribuée à l’Ombrien Pierre-Paul Senilis ; notaire et secrétaire du souverain du début de 1468 à la fin de 1471, celui-ci était un obligé du cardinal Balue, dont la disgrâce, à terme, l’amena à retourner définitivement en Italie. Les documents, dont rien n’assure qu’ils aient été effectivement expédiés, gardent leur pleine valeur de témoignage sur la politique du roi comme sur l’introduction du latin humaniste à la chancellerie de France. Leur sélection à titre de modèles explique aussi leur diversité : nominations honorifiques de Laurent de Médicis et du chancelier de Florence Bartolomeo della Scala ; lettre de notification à ce dernier ; suppliques au pape en faveur de cinq personnages, auxquelles on joint la lettre parallèle de l’un des intéressés ; condoléances à l’occasion du décès du duc Jean de Calabre.
Das Manuskript E. III. 15 der Universitätsbibliothek Basel (vormals des Basler Kartäuserklosters) enthält eine umfassende Reihe von humanistischen Texten, die verschiedene Kopisten im letzten Viertel des 15. Jahrhunderts zusammengestellt haben, möglicherweise auf die Initiative von Jean Heynlin hin. Hier werden jene zehn Briefe, Dokumente und Bittschriften der Sammlung ediert, die für den französischen König Louis XI von dem aus Umbrien gebürtigen Pierre-Paul Senilis redigiert wurden. Senilis wurde als Günstling des Kardinals Balue Notar und Sekretär des Königs ; er blieb in dieser Position von Anfang 1468 bis Ende 1471 und mußte dann, bald nachdem der Kardinal in Ungnade gefallen war, wieder nach Italien zurückkehren. Die hier betrachteten, von ihm erstellten Schriftstücke wurden möglicherweise nie ausgefertigt, sondern dienten als Textmodelle, was ihren Zeugniswert sowohl für die königliche Politik als auch für die Einführung des Humanistenlateins in der französischen Königskanzlei eher erhöht. Sie wurden jedenfalls in die vorliegende Sammlung als Gattungsmodelle aufgenommen, wodurch sich auch ihre Vielfalt erklärt : Die Zuweisung von Ehrenämtern an Lorenzo de’ Medici und an den Kanzler von Florenz, Bartolomeo della Scala steht neben der Mitteilung dieses Vorgangs an den letzteren ; neben Bittschriften an den Papst für fünf Personen tritt ein parallel abgefaßter Brief eines der Betroffenen ; außerdem findet sich eine Beileidsbezeugung anläßlich des Todes des Herzogs Johann von Kalabrien.