Contribuant à l’inventaire de la diversité linguistique de la France, les dix études ici réunies se proposent aussi d’illustrer la diversité des approches possibles, en questionnant non seulement les formes, mais encore la genèse et la diffusion des textes. Confiées à des dialectologues, assorties d’une orientation bibliographique générale, elles souhaitent éclairer pour les historiens de nouvelles pistes de recherche. La diversité linguistique est illustrée aussi bien par des dialectes de langues d’oïl (picard, bourguignon, normand) que par des dialectes de langue d’oc (toulousain et gascon, provençal), et encore par un dialecte celtique (breton). Les enjeux sociolinguistiques qui se dégagent s’organisent autour de plusieurs axes. Si, en effet, le patois est bien connu comme vecteur d’une littérature de la connivence et de la familiarité, ici illustrée à travers la production normande du XIXe siècle et les nouvelles d’un auteur bourguignon du début du XXe, bien d’autres motifs se dégagent : celui du désir de reconnaissance littéraire, celui de la parodie, celui de la politique. Revendication d’une reconnaissance littéraire pour le breton, dont l’histoire est d’abord celle de l’accession à l’écrit ; revendication d’une dignité concurrentielle à celle du français pour l’écriture poétique en occitan au XVIe siècle, et pour l’écrit occitan « renaissanciste » du XIXe siècle. Utilisation littéraire du patois comme langue de la parodie dans les publications lilloises du XVIIIe siècle, ou dans un texte contemporain de Thiérache. Utilisation polémique et politique du patois dans la presse : entre les mains d’un auteur génial et prolixe à Cambrai comme arme de l’opposition légitimiste à Louis-Philippe, ou dans une émulation entre partis, sensibilités et journaux rivaux, sous le Second Empire à Romans, dans le Perche de la première moitié du XXe siècle. La convergence des destins ne se lit pas seulement dans des phases de déclin ou de renaissance, mais encore dans les rythmes qui recomposent la diversité des usages.